Du 30 juin au 2 juillet 2025, des représent.e.s d’organisations féminines et féministes se sont réunis à Cotonou autour d’un Lab d’incubation régional. Cette initiative portée par FAD Niger, en collaboration avec Gorée Institute, Equipop et Diakonia a abouti un plan de campagne inter-régionale de plaidoyer autour des agendas Femmes, Paix et Sécurité.
Venues du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Niger, du Tchad, du Togo et du Moyen-Orient, les participantes et participants ont réaffirmé leur engagement pour une paix inclusive, durable au sahel et en Afrique. Cet engagement s’est manifesté à travers trois jours de travaux intenses en vue de co-créer une campagne commune, innovante et stratégique. Cette initiative s’inscrit dans cadre du projet « Africaines de l’Ouest et du Sahel solidaires pour la paix ».
En effet, l’Afrique de l’Ouest et le Sahel traversent une période de turbulences intenses, marquée par une instabilité politique croissante, des conflits armés et des crises humanitaires profondes. Dans ce contexte volatile, les femmes et les jeunes, déjà confronté·e·s à la marginalisation en temps de paix, subissent de manière disproportionnée les conséquences les plus violentes de ces crises : exclusion des sphères de décision, précarité économique accrue et une exposition effroyable aux violences sexistes et sexuelles. Pourtant, leur rôle dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix est non seulement essentiel, mais aussi indispensable à toute solution durable.

Les travaux ont permis de dresser un diagnostic sans concession des échecs actuels tout en faisant émerger des solutions concrètes et une vision commune pour l’avenir. Le constat partagé par les participantes est que les résolutions 1325 sur les Femmes, la Paix et la Sécurité et les résolutions 2250 sur la Jeunesse, la Paix et la Sécurité du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptées respectivement en 2000 et 2015, souffrent d’une mise en œuvre insuffisante.
Plusieurs raisons expliquent ce blocage. En premier lieu, le manque de volonté politique, l’insuffisance des financements, l’absence de coordination et de redevabilité, ainsi que les barrières socioculturelles freinent leur intégration dans les politiques publiques.

De nombreux pays de la région disposent de Plans d’Action Nationaux (PAN) pour la résolution 1325, certains en étant même à leur troisième génération. Toutefois, ces documents restent souvent lettre morte faute de budget conséquent pour leur mise en œuvre. Il a été souligné que moins de 1 % des financements de l’ONU seraient consacrés à cet agenda. Les plans d’action ne sont tout simplement pas considérés comme une priorité par les États, ce qui vide de leur substance les efforts de la société civile
Ensuite il y a la méconnaissance des textes et le manque de données fiables. Les résolutions et les lois qui en découlent restent largement méconnues au niveau communautaire, notamment à cause d’un manque de vulgarisation et de traduction dans les langues nationales. Comment les citoyen·ne·s peuvent-ils réclamer des droits qu’ils ne connaissent pas ? De plus, l’absence de données statistiques fiables, en particulier sur les violences sexistes et sexuelles (VSS), constitue un obstacle majeur. Sans données probantes, il devient extrêmement difficile d’argumenter, de planifier des actions pertinentes et de convaincre les décideurs.
Enfin, le consortium a identifié le patriarcat comme l’un des facteurs fondamentaux du problème. Ce système, qui maintient les femmes à l’écart des sphères de pouvoir, est un frein majeur à l’appropriation des agendas FPS. Les stéréotypes de genre, la banalisation des violences faites aux femmes et la résistance à leur leadership continuent de miner les efforts pour une participation plus inclusive.
Un laboratoire pour la paix en Afrique de l’Ouest et du Sahel
L’approche méthodologique du Lab, fondée sur le design thinking, a permis de structurer les réflexions autour de problématiques complexes favorisant la création collective et l’innovation a permis d’aboutir à la formulation d’objectifs de plaidoyer clairs et stratégiques qui formeront l’ossature de la future campagne.

Les trois meilleures idées de projets ont été transformées en prototypes de projets d’action, qui ont ensuite été présentés lors du cocktail de clôture auquel ont pris part des partenaires externes (institutions, PTF, médias) pour recueillir leurs avis et affiner les stratégies.
C’est donc satisfaits et plus déterminés que jamais que les participants et participantes à ce lab d’incubation sont repartis dans les pays respectifs, en attendant la grande mobilisation sociale et politique inter-régionale, dont l’ambition est d’accélérer l’appropriation locale des agendas FPS et JPS.
F.S.O









