Un œuf à 200f, la flambée qui inquiète à Ouagadougou

À Ouagadougou, le prix des œufs ne cesse d’augmenter, passant de produit accessible à denrée de luxe pour certains ménages. Entre difficultés d’approvisionnement, baisse de la demande et pertes pour les vendeurs, cette hausse bouleverse toute une chaîne d’acteurs, du grossiste au consommateur.

« Je pars à la boutique pour acheter des œufs. Arrivée devant le comptoir, le boutiquier m’annonce le prix de 150 F CFA l’unité d’œuf. Surprise, presque choquée, je décide finalement de repartir sans œufs » affirme Jeanine, une élève.

K.A renchérit : « Au lieu de payer deux œufs à 400 F CFA et d’acheter en plus de l’huile, du pain et d’autres ingrédients pour faire des omelettes, cela me revient trop cher. Je préfère me tourner vers des alternatives plus accessibles, comme l’avocat, ou acheter un demi pain garni de viande hachée »

Pour comprendre cette hausse, nous avons rencontré SO, une vendeuse d’œufs qui exerce depuis une dizaine d’années. « Avant, je prenais la plaquette à 2 500 F CFA. Ensuite, c’est passé à 2 750, puis 3 000, 3 250 et aujourd’hui c’est à 3 500 F CFA.», précise-t-elle.

Autrefois, elle réalisait une marge de 250 F par plaquette. Mais aujourd’hui, face à la cherté et à la baisse du pouvoir d’achat des clients, elle ne peut ajouter que 100 F CFA : « je vends la plaquette à 3600 F CFA». Du coup son activité a fortement ralenti. « Avant, je prenais entre 20 et 30 plaquettes par jour pour livrer aux boutiques, aux kiosques et aux vendeuses d’œufs bouillis. Aujourd’hui, je ne prends que deux plaquettes, juste pour pouvoir vendre mes omelettes, mes crudités et satisfaire quelques clients du quartier », confie-t-elle.

Elle précise également que le commerce est risqué. « Si les œufs se cassent ou se gâtent, tu peux même perdre ton argent. Parfois, tu ne récupères même pas le prix d’achat. », déplore-t-elle.

SO vendeuse d’œufs

Face à ces difficultés, SO a dû se réinventer. Elle a ajouté quelques produits à sa table. « Les femmes qui achetaient mes œufs pour les bouillir et vendre ont arrêté. Elles vendent maintenant des arachides. Moi aussi, j’ai commencé à vendre les arachides pour essayer de ne pas perdre cette clientèle et pour m’en sortir. Je m’approvisionne auprès des grossistes, qui eux-mêmes sont livrés par des fermes. Peut-être que si je pouvais acheter directement chez les producteurs, cela me reviendrait moins cher, mais je n’en connais pas.», indique-t-elle.

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Du côté des boutiques, le constat est le même. Un boutiquier explique : « Je vendais l’œuf à 100 F CFA l’unité, puis 125 F CFA, aujourd’hui c’est 150 F CFA chez d’autres c’est 200 F CFA. Mais dès que j’annonce le prix, beaucoup de clients abandonnent. Certains trouvent aussi que les œufs sont trop petits pour ce prix ». Il ajoute que le produit n’est plus vraiment rentable pour sa boutique, la preuve, il ne prendra plus d’œuf tant que le prix ne baisse pas.

Les restauratrices ressentent également les effets de cette hausse. Une vendeuse de salade confie : « Avant, je vendais le plat à 600 F CFA avec un œuf et 500 F CFA sans œuf. Maintenant, c’est 700 F CFA avec œuf, mais toujours 500 F CFA sans.» Cependant, elle n’a  réduit ni la portion, ni ses ingrédients. Résultat, les clients préfèrent prendre sans œuf.

SO n’est pas la seule à se tourner les pouces quant à cette affaire d’œufs. C’est le cas de Mariam (nom d’emprunt) que nous avons rencontré au grand marché de Ouagadougou dans la soirée du samedi 4 avril. Vendeuse de crudités, elle affirme que les œufs sont devenus « Un mal nécessaire ». A l’heure actuelle, fournisseurs et consommateurs sont pris entre le marteau et l’enclume. Avant même qu’elle ne finisse ses explications, un jeune homme de la vingtaine s’arrête et demande le prix d’un œuf. « Ça coûte 200 francs », rétorque la vendeuse. Telle une flèche qu’on lui a lancé, le client sursaute, surpris du montant. « Quoi ? 200f ? Non, c’est bon », répond-t-il tout en continuant sa route.

Le commerce de Mariam

 

Mariam précise que la hausse du prix des œufs l’oblige à diminuer la quantité de ce qu’elle vend car non seulement, ça manque, Mais aussi, les gens n’en demandent plus vraiment. Conséquence, elle bouillit une seule plaquette d’œufs pour accompagner ses concombres au lieu de cinq comme d’habitude. Elle le fait juste pour garder sa clientèle espérant une amélioration de la situation, les jours à venir.

Dans certaines alimentations où nous nous sommes rendu, le prix de la plaquette varie entre 3500F et 3550F et l’unité entre 150 et 200 F CFA.

Vivement un retour à la normale !

D’après nos sources, la situation serait liée à des difficultés d’approvisionnement. SO rapporte qu’un camion d’œufs en provenance du Ghana aurait été intercepté par la douane burkinabè. Une partie de la marchandise a été détruite, jugée impropre à la consommation, tandis que le reste s’est détérioré à cause du temps d’attente et de la chaleur.

Elle ajoute que la production locale ne suffirait pas à couvrir la demande nationale, accentuant ainsi la tension sur les prix.

Aujourd’hui, l’œuf, ingrédient essentiel dans de nombreux plats devient de moins en moins accessible.

Entre baisse des ventes, reconversion forcée des vendeuses et frustration des consommateurs, tous espèrent une chose : une stabilisation des prix. « Tout ce qu’on souhaite, c’est que les prix baissent pour nous encourager à continuer », conclut la vendeuse.

 

Béatrice Koala/Queenmafa.net

 

 

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