Moussa Petit Sergent a offert au public, ce dimanche 31 mai 2026, dans la salle de conférence de Ouaga 2000, un One Man Show digne de son nom. Il a émerveillé de par son talent, son professionnalisme et son ingéniosité.
Dès le parking, motos et voitures inondent le terrain vide de Ouaga 2000. Difficile de se frayer un passage ! A la porte d’entrée, une foule immense tente d’accéder à la salle. Chacun présentant son ticket ou sa carte d’invitation. Les agents de sécurité procèdent minutieusement à la fouille et au maintien de l’ordre. Il est 20h, un membre du comité d’organisation informe de stopper les gens et de les faire patienter car, à l’intérieur, il n’y a plus de places.

Les visages commencent à se froisser et on entend des balbutiements. Nous patientons également comme les autres. Quinze minutes plus tard, nous avons présenté notre ticket en tant que presse et ils nous ont laissées entrer. Guidées par des hôtesses jusqu’à la salle de conférence, nous avons suivi un passage étroit qui permet de trouver une place, celle réservée aux journalistes.
Notre entrée coïncide avec le début de la prestation de Moussa Petit Sergent. On nous présente une chaise où nous asseoir. Nous nous asseyons donc et là, c’est à gauche, de l’artiste, le regardant prester. Notre première préoccupation, c’est de voir d’abord, combien de personnes, il y a dans la salle.

1,2,3, 4… et puis, impossible de compter tant les têtes sont multiples et les visages, innombrables! C’est une salle pleine à craquer, tous ayant les yeux rivés sur le maître de la scène, Moussa Petit Sergent.
Il lance son spectacle avec la genèse du monde dont Adam et Eve, la plus belle femme de Ouahigouya sont les acteurs principaux. Il met, en lumière, la puissance du goumin aussi bien chez l’homme que chez la femme. Autrement dit, « Le goumin ne connaît pas de sexe. Le goumin n’a pas d’âge. Quand il t’anime, tu n’es plus maître de tes paroles, ni de tes actes», confie-t-il.
D’un point à un autre, Moussa avance dans sa narration, déballant le secret des uns et des autres, dans un ton mêlé de nostalgie, d’humour et de compassion. En scrutant les visages dans le public, nous réalisons que Moussa est en train de panser des blessures sentimentales ou sociétales, avec l’humour comme thérapie.
Ainsi, des rires aux éclats, on en entend depuis le fond de la salle. Des larmes aux yeux, il y en a beaucoup également. Certains chargent les mouchoirs comme des arachides sans oublier certaines femmes qui, à force d’utiliser le lotus ont fini par embrouiller leur fond de teint.

Une expérience humaine inédite
Cette soirée est un spectacle assez particulier au regard de l’énergie qui s’en dégage, de l’engouement du public, de la simplicité de son promoteur et de son originalité. Des blagues, de petites histoires, des anecdotes, des leçons de vie… C’est l’ensemble des contenus proposés par l’humoriste. Condensés et percutants, ils déclenchent incessamment des rires.
La performance et le jeu d’acteur de cet homme charismatique laissent sans voix. Tout naturellement, le public adhère en hochant la tête, en applaudissant sans réserve, en immortalisant l’évènement par des images et des vidéos. Certains d’entre eux se sont surpris à devoir supprimer des données dans les téléphones parce qu’ils n’avaient plus d’espaces pour enregistrer.
En se connectant à son vécu personnel et à celui du public, Moussa a permis à chacun et chacune de mettre un nom sur les émotions antérieures qu’ils ont ressenties lors d’une situation donnée. Laquelle situation a pu engendrer, le ridicule, l’absurde, la déception ou la frustration. Il leur a permis de rire de leurs propres défauts ou faiblesses.

Pour donner plus de couleurs et de saveurs à son évènement, le Petit Sergent s’est entouré des professionnels de l’humour à l’image de Soum le sapeur, Ila, Lookman… et des artistes musiciens comme Frère Malcom. L’animation réalisée par ces talents constitue une petite touche forte.
« Ma femme me dit : Soum, si tu continues de boire l’alcool, tu vas mourir lentement. Je lui ai demandé : est-ce que je t’ai dit que je voulais mourir rapidement? », une réplique qui plonge la salle dans un tourment de rire.
Le visage démocratique du goumin
Selon l’humoriste, tout être humain est susceptible de vivre le goumin, un jour ou l’autre. Mais, son pro max, c’est-à-dire, le haut niveau vous fait faire des choses incroyables et inattendues.
C’est le cas d’un policier qui, en voulant verbaliser une fille qui a commis une infraction a confondu une ordonnance avec une carte d’identité, reprochant à cette dernière de n’avoir pas mis sa photo dessus.
D’un ton hilarant, il dit également ne pas comprendre pourquoi les étudiants peuvent se permettre de tomber amoureux. Sa réponse, il l’a eue quand les autorités du pays ont mis fin aux activités du site Allahtikouman.
Un style authentique
Avec stratégies et douceur, l’humoriste a brossé ironiquement les artistes musiciens Amzy, Zougnazaguemda, Floby, Dez Altino, Zedmo, Ali Ponré 1er et Bill Aka Kora. Le footballeur international Edmond Tapsoba n’a pas échappé à cette dynamique.

De leurs débuts aux succès qu’ils ont engrangés, Moussa Petit Sergent a revisité leur parcours, mentionnant leur galère, les défis de la vie, les prestiges dus à leur statut social et l’impact des actions caritatives.
L’autre frange de la société à laquelle l’humoriste a pensé, ces sont les femmes courtes, les femmes claires, les skinny et les apoutchou. A l’en croire, ces moitiés du ciel qu’il taquine sont incontestablement des expertes en goumin Pro max et ça ne se discute pas.
Son interaction avec le public, la gestion de la scène, le jeu de mots, le mixage des sons, l’utilisation du français, de l’anglais, de la langue nationale mooré, des concepts comme wouboum ti pan… ont aromatisé le One Man Show de ce 31 mai.
« Quand vient le temps du goumin, même son pro max, quelle que soit la cause, acceptons le vivre ! Acceptons souffrir ! Il y a un temps pour ça et un temps pour les belles choses », dit-t-il, lâchant un sourire du coin des lèvres.
Ce sont ces propos qui marquent la fin du spectacle. Les rideaux ainsi tombés, place à un tonnerre d’applaudissements pour Moussa Petit Sergent ou plutôt, Moussa Grand Sergent. Oui. Maintenant, c’est comme ça qu’on devrait l’appeler.
« Bien vrai que je ne comprends pas le mooré. Mais, cela ne m’a pas empêchée de comprendre l’essentiel de son message. J’ai aimé sa façon de chanter et de parler, la musique entrecoupée, l’expression de son visage, les mimiques, son éloquence, sa force… C’était Waouhh !! », indique une européenne visiblement enthousiaste.

Fier d’y être
Selon Karim Ouédraogo dit Karim la joie, Moussa petit Sergent est un devancier dans le domaine de l’humour. Il n’a donc pas hésité à le soutenir en marquant sa présence à cette cérémonie. « Une fille m’a poignardée dans le dos. Elle m’a trahi et après, elle m’a bloqué de partout. Je n’ai plus de ses nouvelles. Même en statut whatsapp, elle ne me poste plus », raconte-t-il en se rememorant son histoite, rire à l’appui.
Il salue l’initiative de ce spectacle. « Toujours la même énergie qui continue de le faire avancer. Dans l’ensemble, il a donné un spectacle exceptionnel. Avec lui, il y aura toujours une petite touche à l’humour. Longue vie à lui ! », souhaite Karim la joie.
A quand le prochain spectacle ?
C’est la question que beaucoup se posent après avoir raté cet évènement de grande envergure. Des tickets achetés, des heures d’attentes, des jours et des semaines de préparation et finalement, ne pas pouvoir suivre le spectacle tant rêvé ou l’avoir suivi presqu’à la fin ! Ce n’est pas banal.
Deux tickets de 20 mille FCFA en main, deux filles affirment avoir un pincement au cœur du fait de n’avoir pas pu accéder à la salle. Elles espèrent que le comité d’organisation prendra en compte, les insuffisances de ce 8e spectacle afin d’améliorer ceux à venir.
Bonne nouvelle! Ce mercredi 3 juin, Moussa Petit Sergent a annoncé sur sa page facebolk qu’il donne une autre opportunité à ses fans.
«Tous ceux qui n’ont pas eu accès à la salle et qui ont toujours leurs tickets, qui ke sont pas abîmés peuvent les utiliser pour la nouvelle date, le 14 Juin Cenasa à 19h.
Pour ceux qui n’ont vu le spectacle ou qui veulent bisser, le pass coûte 10.000F », a-t-il indiqué sur sa page facebook.
Françoise Tougry
Crédit photo Destiny Events


