Qui est Ousmane Sonko ? : L’analyse de  Winnie Ron

Ousmane Sonko est un personnage politique fascinant à analyser. Pas parce qu’il est sympathique ou antipathique ! Mais, parce qu’il est rare dans sa construction,dans ses contradictions ainsi que dans sa capacité à transformer chaque défaite en rebond. C’est l’avis de Winnie Ron sur sa page. Elle est politologue, experte en géopolitique et gouvernance. 

Selon l’experte, Ousmane Sonko souffre d’un syndrome assez connu, le même qu’a le Docteur Succès Masra au Tchad. Celui de la personnalité auto-entretenue, Bien que Sonko soit brillant, ce syndrome, a failli coûter cher au Sénégal, du point de vue institutionnel.

Allons phase par phase !

D’abord, devant les députés réunis en séance plénière, Sonko a déclaré publiquement : « Je ne suis pas un Premier ministre qui obéit aveuglément et qui acquiesce tout ». Cette phrase prononcée par un Premier ministre en exercice devant le Parlement est une anomalie constitutionnelle majeure. Si un Premier ministre en désaccord avec son président démissionne, il ne fanfaronne pas à l’Assemblée nationale.

En décembre 2025, le Premier ministre Sonko a annoncé publiquement sa candidature à la présidentielle de 2029. Le numéro deux de l’exécutif place son patron en concurrence directe avec lui depuis l’intérieur même du gouvernement. C’est soit une naïveté politique extraordinaire, soit une arrogance calculée et connaissant Sonko, c’est la seconde option.

Une technique subtile

La politologue dit être touchée par une stratégie utilisée par Sonko. Il s’agit de la technique du rabaissement subtile. Avec cette technique, Sonko raconte lui-même son dernier entretien avec Diomaye Faye. Entretien dans lequel, il a affirmé avoir discuté comme d’habitude. Mais, à la fin, Diomaye Faye lui a expliqué qu’il serait très compliqué de continuer à collaborer avec lui. A en croire l’experte, c’est Sonko qui cadre le récit en utilisant le terme “Comme d’habitude”. Un sous-entendu qui laisse croire que c’est Diomaye Faye qui a un problème et non lui.

Élu président de l’Assemblée nationale avec 132 voix sur 133, il a déclaré : « Certains croyaient que le limogeage d’un Premier ministre signifiait sa disparition politique. Mais, dans une démocratie véritable, aucune fonction n’épuise la légitimité populaire ». En termes simples, il veut dire qu’il est plus légitime que le président qui l’a limogé et sa réaction au décret  avec une seule phrase sur Facebook en dit long sur sa personnalité.

« Alhamdoulillah ! Ce soir, je dormirai le cœur léger», a-t-il publié. Il faut comprendre que cette expression est une forme de gifle diplomatique enveloppée dans la sérénité islamique. L’expression dit, entre autres, que le poids dont Sonko parle, ce n’est ni lui, ni le travail. Mais, plutôt, les autres. Cette façon de parler est un langage avec des codes, qui ne sont pas accessibles à tous. Ce qui veut dire que tout le monde n’a pas compris ce qu’il insinuait.

Une bonne dose de confiance

Winnie Ron a indiqué que Sonko a des raisons objectives d’avoir confiance en lui dans la mesure où il a pu mobiliser des millions de Sénégalais en sa faveur. Ayant survécu à plusieurs procès, il a contribué à une alternance historique.

«Ce sont des faits réels. Mais, il y a une frontière entre la confiance légitime et la prétention excessive. Cette frontière, c’est le moment où un individu se croît supérieur aux institutions qu’il est censé servir. Sonko l’a franchie. Ce phénomène, d’ailleurs, n’est pas sénégalais. Mais, il est africain. Sankara, Gbagbo, Mugabe ont tous confondu leur popularité avec une légitimité supérieure aux institutions », a-t-elle décrié.

La spécialiste en gouvernance a expliqué que cette attitude a toujours un coût car la grandeur d’un leader ne se mesure pas à l’intensité du culte de la personnalité. Mais, à sa capacité à faire grandir les institutions et à ne pas les éclipser.

Pour Winnie Ron, Sonko est politiquement vivant et brillant. Sa résurrection à la présidence de l’Assemblée nationale le prouve. Cependant, il est aussi un homme dont l’égo a parfois, pris plus de place que le projet. Dans une démocratie fragile, cet ego-là a un coût institutionnel réel.

« Toutefois, pour 2029, est-ce que ce serait le projet PASTEF qui gouvernera ou Sonko lui-même en tant que Président ? », s’interroge-t-elle.

 

Françoise Tougry

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