Hygiène et salubrité : Aimée Bouda Yaméogo, une militante de première heure

Aimée Bouda Yaméogo, secrétaire exécutive de l’Association Zak La Yilguemdé, en abrégé AZLY réside à Manga dans la région du Nazinon, province du Zoundwéogo. Dans la cité de l’épervier, elle est bien connue pour ses actions de développement durable. L’atelier de formation sur l’agenda Femmes, paix et sécurité organisée par le Réseau Ouest Africain des Associations et ONG de lutte contre les Violences Basées sur le Genre (ROAO-LVBG) et Diakonia nous a permis de découvrir cette structure. Nous nous sommes rendus à son siège. 

Née à Bogandé, elle est originaire de Manga. Mais, c’est en 1980 qu’elle découvre son village natal. Elle fait son cursus scolaire à Tenkodogo-Koupèla-Bitou-Koupèla. Elle poursuit son secondaire et l’université à Ouagadougou.

En 1989-1990, par un concours, elle est affectée à Manga comme secrétaire au Haut-Commissariat. Arrivée dans cette localité, elle constate que beaucoup de femmes ne balaient pas leur cour. Le matin quand elles se réveillent, chacune vaque à ses occupations. Dans les cuisines, la cendre entassée encombre les foyers. Au moindre vent, le repas dans la marmite est touché. De plus, toute la famille utilise un même gobelet pour boire l’eau. En cas de maladie contagieuse, personne n’est épargnée.

« C’est là que j’ai eu l’idée de réunir quelques femmes et proposé un nettoyage quotidien et matinal de toute la maison, la vaisselle, les canaris. Elles doivent également trouver un plat pour stocker la cendre. Cela leur permet de fabriquer en même temps, la potasse propre », indique-t-elle.

Pour éviter les maladies, elle leur recommande d’utiliser une boîte de tomate propre avec une petite ouverture où une corde fine la maintient autour du canari. Ainsi, on sert l’eau avec ça dans les gobelets.

Pendant la saison des pluies, la bouse de vache et d’autres animaux, et les ordures sont évacuées de la maison.

« Alors, quand j’ai discuté avec quelques femmes, elles ont épousé mon idée. Ensemble, on s’est lancé dans la sensibilisation collective. Constituées en équipe, on faisait des tournées dans chaque maison pour nous entretenir avec les autres femmes. Quelques temps après, on retourne à l’improviste pour voir si elles ont respecté les consignes. Si tu n’es pas propre, on se met à faire tes travaux. Ce sentiment de gêne fait que chacune fait de son mieux. Personne ne veut qu’on vienne la trouver dans un cadre sale », relate-t-elle.

Petit-à-petit, les femmes ont adhéré massivement à ce concept conduisant à la création d’une association en 2003 suivie du récépissé en 2006. Elles ont choisi d’un commun accord, le nom Zak La Yilguemdé (AZLY) dans le but de témoigner de leur engagement à vivre dans la propreté.

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En 2009, l’association obtient un financement suite à un appel à projets lancé par une ONG. Cette même année, sous le leadership de Aimée Yaméogo née Bouda, l’association est faite chevalier de l’ordre de mérite burkinabè. En 2021, l’association décroche la médaille d’honneur des collectivités locales et le prix Bara Mousso. D’autres distinctions, des attestations de reconnaissances et de mérite suivront plus tard au nom de l’association.

Les attestations, il y en a, en grand nombre en dehors de celles qui sont accrochées ici.

En 2023, elle part à la retraite et se consacre entièrement aux activités associatives. Aujourd’hui, AZLY compte plus de 100 femmes évoluant dans le nettoyage, le ramassage des ordures dans la ville de Manga, le tissage des pagnes traditionnels, la production du savon, la production du riz étuvé, la transformation des feuilles du moringa en gélules, le métier de nourrices…. Afin de pouvoir faire fonctionner la structure, les membres tapent à toutes les portes pour solliciter de l’accompagnement.

AZLY intervient dans plusieurs domaines tels que la santé, l’éducation, les droits humains et le civisme, l’environnement, l’hygiène et assainissement, l’autonomisation, la formation et l’insertion socioprofessionnelle, etc.

Aimée Bouda Yaméogo, Emile Ouédraogo (le chargé de projet) et deux tisseuses.
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L’épargne pour le changement, une solution à l’autonomisation

Puisque les femmes ne peuvent pas avoir un crédit à la banque faute de garantie, elles ont mis en place, l’épargne pour le changement (EPC) qui a plus de 100 groupes. Chaque groupe comprend 20 à 30 personnes. Après les cinq premières années, un bilan a été fait.

« Les femmes sont devenus un véritable levier pour le soutien de leurs maris. Elles se battent économiquement, auprès de leurs maris  et s’occupent de toute la famille. Certains maris ont même porté des habits que leurs femmes ont cousu pour eux, pour montrer au public, qu’ils sont fiers. D’autres ont payé des vélos pour leurs enfants. Les femmes ont pu épargner des millions », informe-t-elle d’une voix enthousiasmée.

Des échantillons de pagnes

Avant d’intégrer le groupe de l’EPC, elles sont formées sur la procédure, les avantages, les engagements, les responsabilités et l’impact. Ces femmes bénéficient de neuf formations. Elles-mêmes définissent leur règlement intérieur et tout le monde suit.

Après la formation, l’animatrice ne fait que les accompagner. Elle ne touche pas à leur argent. Le coffre est confié à trois personnes. Celle qui garde le coffre et deux autres qui tiennent les clés. Celle qui garde le coffre n’a pas de clé. Elles font des paris et elles reprennent cet argent pour donner des crédits à tout le monde. C’est obligatoire de prendre si toutefois, tu fais partie du groupe. C’est à chacune maintenant, de se débrouiller, de travailler pour rembourser le crédit. Cela les aide énormément et les unit davantage.

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Précisons que des hommes accompagnent les membres de l‘association ! Ils soutiennent les femmes avec les procédures administratives, les recherches de financements, la rédaction des rapports et bien d’autres tâches.

« On travaille également avec les écoles, les communautés, les chefs coutumiers. C’est même notre association qui finance le cadre de concertation provincial. On a un bilan chaque année. Le 27 de ce mois, nous aurons une rencontre provinciale présidée par le Haut- commissaire. On fait également un bilan avec les communes avec qui, nous avons travaillé pour évaluer tout ce que nous avons pu réaliser et les perspectives à venir pour que chacun soit informé de ce que l’on fait », déclare-t-elle.

Aimée Bouda Yaméogo signale qu’à la semaine nationale de la culture, les majorettes, une de leur initiative ont remporté la quatrième place au niveau national plus un prix spécial, dès leur première participation.

« L’objectif est surtout d’amener les gens, à pouvoir travailler ensemble, à s’unir davantage surtout, au niveau des enfants. Si les enfants apprennent et écoutent bien, ils seront les gouverneurs de demain », laisse-t-elle entendre.

Des acquis sont engrangés. Mais, un autre souci entrave actuellement, le bon fonctionnement de AZLY : le financement.

A cause de la crise sécuritaire, beaucoup de leurs partenaires ont quitté le pays ou mis fin à leurs contrats. Cela limite les ambitions et la réalisation des projets.

Comme perspectives, AZLY entend réussir pleinement sa mission et répondre favorablement aux attentes.

Françoise Tougry

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