Cinéma : Le film Buud Yam  révisé à la SECRICO

Après Tilaï d’Idrissa Ouédraogo, la Semaine de la critique de cinéma de Ouagadougou (SECRICO 8) a poursuivi, mercredi 9 septembre 2026, son voyage dans l’histoire du cinéma burkinabè avec Buud Yam, de Gaston Kaboré. À travers cette projection, les participants ont redécouvert un film plusieurs fois primé, tout en s’intéressant à ses choix scénaristiques et  musicaux.

Placée sous le thème « Les Étalons d’or de Yennenga, éléments d’émulation dans le cinéma burkinabè », la huitième édition de la SECRECO se tient du 8 au 12 septembre 2026 à Ouagadougou. Organisée par l’Association des critiques de cinéma du Burkina, elle met en lumière les trois films burkinabè ayant remporté l’Étalon d’or de Yennenga lors du FESPACO. Pour la deuxième journée, le cap a été mis sur Buud Yam (1997) réalisé par Gaston Kaboré.

Buud Yam s’est distingué au Burkina Faso comme à l’international. Au-delà de l’Étalon d’or de Yennenga, remporté au FESPACO en 1997, le film a reçu plusieurs autres distinctions, confirmant sa place dans l’histoire du cinéma burkinabè. L’œuvre retrace le parcours de Wend Kuuni, un jeune homme dont l’histoire est marquée par de nombreuses épreuves. Son père, chasseur, a disparu lors d’une partie de chasse et n’est jamais revenu. Wend Kuuni grandit ainsi sans avoir eu l’occasion de le connaître. Sa mère, accusée de sorcellerie, a été chassée du village. Il fut alors adopté dans une autre famille. Malgré cette nouvelle vie, un vide demeure en lui. L’absence de son père continue de le hanter. Il lui en veut d’avoir disparu sans jamais revenir et de ne pas avoir eu la possibilité de le connaître. Au fil du temps, Wend Kuuni comprend pourtant, qu’il lui revient aussi d’aller à la recherche de son père. Dans son village d’accueil, il reste pourtant confronté aux préjugés. Considéré comme un porte-malheur, il est accusé d’être à l’origine des malheurs qui frappent son entourage

Lorsque Pughneere, une jeune fille de sa famille d’accueil, tombe gravement malade, Wend Kuuni effectue un long voyage à la recherche d’un guérisseur. Malgré les difficultés rencontrées sur son chemin, il parvient à en trouver un qui vient soigner la jeune fille. Sa guérison permet finalement de faire tomber les accusations portées contre Wend Kuuni. Ceux qui accusaient Wend Kuuni et le considéraient comme responsable des malheurs viennent finalement lui demander pardon pour le tort qu’ils lui ont causé.

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Cinéaste, Serge Armel Sawadogo, intervenant

À travers cette histoire, le réalisateur du film, Gaston Kaboré met en lumière, le poids des croyances, de la tradition et des préjugés dans la société. Le parcours de Wend Kuuni montre  les conséquences que peuvent avoir les accusations et le rejet sur une personne innocente. Il met également en avant, la quête d’identité d’un jeune homme à la recherche de ses origines et de son père.

Après la projection, place a été faite aux échanges et aux critiques avec le public, avec pour intervenant le cinéaste Serge Armel Sawadogo. Accompagné d’un ingénieur de musique et d’un cadreur, ils ont décortiqué le Buud Yam pour éclairer les participants sur tous les détails du film.

Le cinéaste s’est intéressé au scénario du film en  expliquant sa construction, son contenu et les intentions du réalisateur derrière l’histoire de Wend Kuuni..Pour lui, la critique permet de regarder une œuvre au-delà de son histoire et de mieux comprendre les choix opérés par le réalisateur. Le scénario, les personnages et les différents éléments du film ont ainsi été analysés avec les participants.

Ingénieur en musique de film également assistant réalisateur, Ferdinand Tapsoba

De son côté, Ferdinand Tapsoba a analysé la musique du film, notamment le choix des instruments et leur rapport avec les émotions du personnage. Il a relevé la place de la solitude et du métissage culturel dans la bande originale composée par Michel Portal, musicien de jazz français et saxophoniste.

Le saxophone, utilisé dans la grande partie du film, accompagne l’intériorité de Wend Kuuni dans certaines scènes. Ferdinand Tapsoba a également rappelé que Buud Yam constituait la première expérience de Michel Portal dans la composition musicale pour un film africain. Le musicien est décédé en février 2026.

Moussa, spécialiste du cadrage, a pour sa part porté son regard sur les plans de coupe et les choix de décors, notamment les décors naturels qui occupent une place importante dans le film.

Les cinéphiles présents à l’activité

Cette analyse à trois, a permis au public de découvrir Buud Yam sous un autre angle. Les participants ont salué les explications des intervenants, estimant avoir beaucoup appris sur les différents éléments qui composent une œuvre cinématographique.

« Sans les critiques, aucun film ne peut avancer », a souligné Ferdinand Tapsoba, considérant que ces  échanges contribuent à mieux comprendre et à faire évoluer le cinéma Burkinabè.

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Pour Annick Rachel Kandolo, vice-présidente de l’Association des critiques de cinéma du Burkina, cette démarche a permis au public de mieux comprendre l’œuvre. « On a beaucoup appris, on a vu Buud Yam d’une nouvelle manière à travers le décorticage du film. Cela a permis de comprendre comment le film a été conçu », a-t-elle déclaré.

Ces projections suivies de critiques visent à permettre au public de redécouvrir les grandes œuvres du cinéma burkinabè, tout en comprenant le travail qui se trouve derrière leur réalisation. À travers l’analyse du scénario, de la musique, du cadrage et des choix artistiques, la SECRICO entend également renforcer la culture cinématographique du public et contribuer à l’émulation dans le cinéma burkinabè. La SECRICO se poursuit jusqu’au 12 septembre avec d’autres moments consacrés à la lecture critique des œuvres cinématographiques burkinabè.

Augustine Sawadogo stagiaire

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