SIAO 2026 : quand le maquillage artistique apporte une touche d’humeur festive

A l’extérieur du site du SIAO, ils attirent les regards. Munis de leurs pinceaux et de leurs palettes de couleurs, des maquilleuses et maquilleurs artistiques proposent aux festivaliers, des peintures faciales inspirées des couleurs et de l’identité du festival. Ces artistes qui ajoutent une touche de créativité à l’ambiance festive, à travers leur art, contribuent à faire du SIAO un espace d’expression artistique, de partage et de célébration culturelle.

Le maquillage artistique ou peinture faciale, un domaine désormais investi par un public, de plus en plus, diversifié. Des jeunes filles et garçons et même des femmes. Installés aux différentes entrées, ces artistes participent à l’animation du SIAO. Pinceaux et palettes de couleurs en main, autodidactes et professionnels sont à l’affût des clients. Sur les visages des festivaliers qui se prêtent à la pratique, ils dessinent des motifs colorés, des formes variées et des créations inspirées des couleurs nationales, suivant l’ambiance du festival.

Dans le lot de ces artistes sur le site du SIAO, on trouve aussi des maquilleurs et maquilleuse artistiques venus d’autres horizons tels que le Togo et la Côte d’Ivoire. Si pour certains, ce n’est qu’une activité occasionnelle ; pour d’autres, c’est un travail à plein temps. Ces derniers suivent le mouvement des évènements culturels tels que le SIAO, le FESPACO et la SNC à Bobo-Dioulasso.

Sanata Traoré, festivalière

C’est le cas de Sanata Traoré. Autodidacte, cette maquilleuse voyage entre le Burkina et la Côte d’Ivoire, au gré des festivals. « J’ai commencé à maquiller depuis Abidjan. Lorsque y a des évènements tels que le festival Abissa, Wozo vacances et autres, on s’en va maquiller les gens. Mais, actuellement, je suis au Burkina pour le SIAO. Quand il n’y a pas de festival en Côte d’Ivoire et au Burkina, je fais mon commerce en attendant », dit-elle.

Quant à l’engouement des festivaliers pour les peintures faciales, c’est selon elle, relativement satisfaisant. « Ceux qui ont l’habitude des festivals acceptent de se faire maquiller. Par contre, d’autres sont réticents. Ils pensent que c’est salissant ou du fétichisme. Pourtant ce n’est que de l’art et c’est culturel », ajoute-t-elle.

Hadja Fatimata Aguiche, festivalièreri

Si Sanata Traoré s’est formée toute seule, Hadja Fatimata Aguicheri de son côté indique avoir été formée par l’illustre Me Paceré Titenga, avant la SNC Koudougou-Réo 88. Il s’agit de la quatrième édition de la SNC qui était encore un évènement tournant. Auteur de la bendrologie et la wangologie (la science du langage des masques), l’homme qui a théorisé les arts corporels, les masques et les parures traditionnelles en Afrique, leur aurait appris à valoriser l’art de la peinture faciale qui est une pratique ancestrale.

« Nous étions au nombre de dix sous son aile à cette époque. C’était encore très difficile d’avoir des festivaliers qui acceptent ce type de maquillage. Il a fallu que lui-même sorte pour sensibiliser les gens. Il leur avait fait comprendre que les peintures faciales n’étaient pas seulement typique à une ethnie. C’était une pratique qui existe depuis les ancêtres, et qui mérite d’être valorisée et promue. Parce que à l’époque, y en a qui disaient que ces dessins sur le visage étaient propres aux femmes peulhs », précise-t-elle.

Hadja Fatimata Aguicheri qui poursuit depuis lors son chemin dans le domaine, dit avoir perdu de vue, les 9 autres personnes avec qui, elle a été encadrée. Elle soutient que désormais, c’est un domaine accessible et connu par rapport à ses débuts. Elle déplore, tout de même, un manque de reconnaissance de la part des organisateurs d’événements culturels.

« Ils ne nous reconnaissent pas. Ils ne nous aident pas à valoriser cet art qui contribue pourtant, à la beauté et à l’ambiance des activités culturelles. On n’a pas d’attestation. Ils savent pourtant que c’est important et nous, nous avons besoin d’échanger avec eux », regrette-t-elle.

Marie Tiono, festivalière

Tout comme elle, Marie Tiono s’est faite former au métier. Elle est d’ailleurs, sur le site avec son formateur d’origine togolaise. Il est à Ouagadougou pour prendre part au SIAO, à travers son art. Pour elle, c’est un stage pratique pendant lequel, elle sert aussi de mannequin. Sur son visage sont dessinés des motifs colorés, des figures et des formes. Les visiteurs y font leurs choix ou demandent d’autres motifs selon l’imagination et l’inspiration du maquilleur.

Marie Tiono dit avoir choisi le maquillage artistique comme activité connexe par passion. A l’en croire, les modèles des maquillages se font en fonction de la forme du visage du client, de la cliente, suivant l’inspiration de l’artiste ou l’indication du client. C’est une passion qu’elle va devoir abandonner, une fois le festival terminé. Elle et son mentor retourneront à leurs activités principales à la clôture du SIAO 2026. « Je suis stagiaire en soudure. Mais, là où il y a festival ou évènements comme le SIAO, le FESPACO, on s’y rend pour faire le maquillage et après, on retourne à nos métiers », lance-t-elle.

Parmi ces artistes de la peinture faciale, on retrouve aussi des femmes au foyer, des jeunes filles et garçons (scolarisés et déscolarisés), reconvertis dans d’autres métiers comme la couture, la manicure, la pédicure ou le commerce.

Samadou Zida, festivalier

Samadou Zida est de ceux qui ne vont plus à l’école. Désormais commerçant ambulant, il saisit les occasions du SIAO ou du FESPACO pour se mettre au maquillage artistique. Du fait de son jeune âge, Samadou Zida qui s’est autoformé ne sort pas encore de Ouagadougou.

« Au début, j’achetais les palettes de couleurs et je m’entraînais sur moi-même ou mes amis. C’est ce que j’ai fait jusqu’à maîtriser les dessins. C’est alors que j’ai commencé à maquiller lors des événements culturels à Ouagadougou », souligne-t-il.

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Quant à la clientèle, il reconnaît qu’il y en a, même s’il possède une astuce propre à lui pour en avoir davantage.

« Quand les festivaliers arrivent, moi je me concentre sur les enfants. Lorsque je sens que les enfants sont intéressés et que les parents hésitent, je mets un petit point sur le visage de l’enfant pour le motiver à motiver ses parents. Et quand ils voient la joie de l’enfant, c’est eux-mêmes qui demandent à ce que je le maquille », explique Samadou Zida.

Une astuce qui marche bien si l’on en croit les mères de ces enfants. « Si l’enfant est content, maman aussi est contente », ont-elles laissé entendre, tout en indiquant que ça leur fait plaisir de voir leurs enfants heureux avec les dessins sur les visages et dans l’ambiance du SIAO.

Il en est de même pour Blandine Baga qui dit profiter pleinement du festival avec sa fille.  « Avec ses couleurs, je me sens bien, je sens que c’est le SIAO, c’est la fête de la culture », dit-elle.

Karel Touré et Asmao Yonly, festivalières

Pour Karel Touré et Asmao Yonly, c’est pour se conformer aux couleurs et à l’esprit festif du SIAO qu’elles se sont faites maquiller. Elles estiment qu’Il faut mettre l’art, en avant, comme c’est l’occasion du SIAO. Il faut donc, porter l’art en même temps que le rythme de la fête sur le visage. Et pour ça, ces maquillages font l’affaire. Il s’agit aussi d’encourager les jeunes qui s’y mettent parce qu’en plus d’apporter une touche de couleur et de bonne humeur à la célébration, c’est aussi une source de revenus.

Zongo Charif et Zongo Sabour

Zongo Charif et Zongo Sabour se disent aussi heureux dans ces couleurs et ces motifs. C’est en somme, ce que tous les festivaliers rencontrés ont exprimé. Petits comme grands sont heureux de repartir avec une touche artistique qui prolonge leur expérience du SIAO. Au-delà de l’aspect esthétique, ces maquillages leur offrent une autre manière de vivre le festival. Ils leur permettent de se distinguer et de repartir avec un souvenir de leur passage sur le site.

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De leur côté, les maquilleurs et maquilleuses ont soutenu que l’art de la peinture faciale participe à valoriser le SIAO. Ils estiment que c’est une marque particulière qui aide les festivaliers à vivre l’ambiance et les souvenir du SIAO à travers les photos. Ainsi, à travers leurs pinceaux, ces maquilleurs et maquilleuses artistiques rappellent que l’art ne se trouve pas uniquement dans les stands d’exposition. Il peut aussi se porter sur le visage, se partager dans la bonne humeur, exprimer la culture ou le soutien lors des événements artistiques comme le SIAO.

Il est aussi important de noter que, bien avant la fonction esthétique, le maquillage artistique ou peinture faciale qui tire ses origines de la Préhistoire, servait à des rituels spirituels, des cérémonies de passage, au camouflage pour la chasse ou à marquer l’appartenance à un groupe, une tribu, un statut social ou un âge. Pour obtenir les couleurs, les premiers hommes utilisaient des pigments naturels comme l’ocre rouge, le charbon, la craie et des terres colorées mélangées à des graisses animales ou de l’eau.

Fatimata Compaoré stagiaire

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