Dans l’œuvre ‘’Lettre fatale de Soraya aux hommes’’, l’auteur, Moustapha Zeba aborde plusieurs thématiques liées aux défis des femmes dans la société. La pression sociale, le mariage, la condition féminine, les violences psychologiques, l’infidélité ou encore le poids des traditions sont entre autres les thèmes abordés dans ce livre. Il met en littérature une femme qui s’est vue arracher sa dignité. Dans une lettre poignante, cette dernière nommée Soraya choisit de dire très haut, ce que d’autres ne veulent pas dire, car dit-elle « lorsqu’une femme parle à haute voix, quelle que soit la véracité de ses propos, elle est vue comme une femme raide, dédaignée, sujet à caution ou arrogante. »
Tout commence dans son village natal à Filili où l’extrémisme violent sévit. Cette situation la contraint à s’enfuir avec sa mère pour retrouver son père en ville où elle obtient un baccalauréat scientifique. Diplômée d’une licence en lettres à 23 ans, Soraya nourrit l’espoir d’un avenir meilleur. Pourtant, comme de nombreux jeunes, elle se heurte au chômage et au manque d’opportunités. Sans les « bras longs », son diplôme semble perdre toute valeur.
À cette situation s’ajoute une autre pression : celle du mariage. Dans son entourage, une femme célibataire est perçue comme une honte pour sa famille. Son père commence alors à lui rappeler que « Dieu a créé la femme pour qu’elle quitte son père et sa mère pour un homme ». C’est dans ce contexte qu’elle rencontre Franck, celui qu’elle croyait être son sauveur. Mais, derrière les promesses se cache une profonde trahison. Après lui avoir pris ce qu’une femme a de plus précieux à l’aide d’un somnifère, il disparaît de sa vie et se marie. Une nouvelle que Soraya apprend sur les réseaux sociaux.
Avec cette déception amoureuse, la pression du mariage croissait de jour en jour, elle quitte alors, le domicile parental après une violente dispute entre ses parents au sujet de son célibat. Sa mère, qui avait tenté de la défendre, est battue par son père. Soraya trouve alors refuge, chez son amie Ana.
Venu comme un Messie la délivrer ainsi que sa famille d’une supposée honte dûe à son célibat, Salam apparaît dans sa vie. Salam était le prototype de l’homme idéal dont rêve toutes les jeunes filles : attentionné, romantique et rassurant. Mais, derrière cette image parfaite se cachent encore des mensonges. Le jour du mariage, Soraya découvre qu’il a déjà des enfants dont il lui avait caché l’existence, deux filles de mères différentes. Après avoir accouché d’une fille dont pour le géniteur, avoir une fille est synonyme de malédiction, le vrai visage de Salam fit surface. Les humiliations, les accusations et les violences psychologiques s’installent dans le foyer.
Des évènements qui la conduisent chez ses parents. Mais, la souffrance de la femme étant normalisée dans la société, au lieu de défendre sa fille victime d’injustice, son père lui demande de supporter en silence. Pour lui, « une femme est comme un âne, elle doit endurer les peines et les intégrer », il la chassa alors.
Elle se retrouve de nouveau chez son amie Ana qui lui conseille le recours à l’action sociale. Mais, Soraya de sa petite expérience du foyer conclut que « Les hommes n’aiment pas entendre de la bouche de leur femme, l’idée de droit. Ils aiment l’évoquer pour protéger leurs sœurs qui souffrent dans les mains d’autres hommes ». Ici, Soraya dénonce l’hypocrisie de certains hommes et le manque de considération à l’égard des femmes dans le foyer.
Elle retourne finalement dans les braises ardentes du foyer. Entre humiliations, infidélités répétées et manque de considération, Soraya sombre, peu à peu, dans le désespoir. Elle doit même mendier pour payer les soins de Amdia, sa fille. Pendant ce temps, Salam multiplie les aventures sexuelles jusque dans leur lit conjugal.
L’œuvre met également en lumière, certaines croyances profondément ancrées dans la société, notamment le rejet des enfants de sexe féminin.

Après avoir appris qu’elle était enceinte d’une deuxième fille, Soraya perd son bébé, le même jour à la suite d’une violente altercation avec son mari. Au fil des pages, Soraya perd aussi les membres de sa famille : sa mère, morte d’une crise cardiaque après avoir tenté de défendre sa fille auprès de son gendre. Puis, sa grand-mère et enfin, son père. Sa fille lui est ensuite arrachée et envoyée dans un foyer d’accueil au Canada.
Après son divorce, Soraya découvre qu’elle est atteinte du cancer du sein. Au soir de sa triste existence sur terre, elle laisse alors un message à sa fille : celui d’éviter la haine même à l’égard de son père, de cultiver l’humilité, l’entraide et la solidarité. Elle attire également son attention sur le fait que « Des hommes bons existent encore dans ce monde ».
À travers cette histoire douloureuse, l’auteur interpelle la société sur la banalisation de l’infidélité. Comme il l’écrit : « Certes, l’infidélité est le pantalon universel des hommes. Elle est une épidémie sans vaccin ni sérum qui ravage le bien-être des familles. Mais, dans cette société, il y a des bons maris, il y a également de mauvaises femmes. Bien que nombre d’hommes n’arrivent pas à concevoir, la femme au-delà de ce qui se trouve entre ses jambes, il y a des hommes qui font l’exception ».
Il interpelle non seulement sur le manque de dialogue dans les couple. Mais aussi, la passivité de l’entourage face aux souffrances des femmes. « Et dire que le manque de dialogue et de communication a tué des couples. Puis, les a transformés en véritable nids de rapaces. L’avenir du mariage est menacé par le manque de responsabilité des couples, des parents et de la société en général », écrit-il.
Le destin tragique de Soraya, retrace les blessures silencieuses que vivent les femmes, dans le mariage, tout en invitant à une profonde réflexion sur la responsabilité familiale et la place accordée à la femme dans la société.
‘’Lettre fatale de Soraya aux hommes’’ est aussi un cri d’espoir et un appel à une société plus juste envers les femmes. Soraya rêve d’un monde où la femme ne sera pas vue comme un objet d’ornement, un monde où elle pourrait simplement être libre et heureuse.
Latyfah Sawadogo (stagiaire)
Queenmafa.net


