25 ans de la résolution 1325, les femmes au cœur de la paix au Burkina Faso

En 2025, le vingt-cinquième anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les Femmes, Paix et Sécurité a été célébré. Cette commémoration prend une importance toute particulière pour le Burkina Faso, confronté depuis plus d’une décennie à des défis sécuritaires majeurs. À cette occasion, Alice Combary Soulama, coordonnatrice nationale de WANEP Burkina Faso, Réseau ouest-africain pour l’édification de la paix, a fait le point sur les progrès réalisés, les insuffisances constatées et les perspectives de cet agenda essentiel pour une paix durable au Burkina Faso.

Association nationale, apolitique, laïque et à but non lucratif, le WANEP a été fondé le 19 avril 2003 par une dizaine d’organisations de la société civile burkinabè.

WANEP Burkina Faso s’est progressivement imposé comme un acteur incontournable de la consolidation de la paix dans le pays. Aujourd’hui, le réseau fédère plus d’une trentaine d’organisations membres et intervient dans quinze (15) pays de l’Afrique de l’Ouest. « Notre vision, c’est un Burkina Faso caractérisé par des communautés justes et paisibles, où la dignité de la personne humaine est primordiale, où les populations peuvent satisfaire leurs besoins humains fondamentaux, et choisir librement leurs propres destinées », a expliqué Alice Midibahaye Combary Soulama, qui dirige l’organisation depuis 2020, après y avoir débuté comme bénévole en 2007.

L’organisation s’appuie sur des valeurs de transparence, de responsabilité, d’égalité des sexes et de tolérance pour mener ses actions dans des domaines aussi variés que l’alerte précoce, la prévention de l’extrémisme violent, la jeunesse, le climat et la paix.

Alice Combary a souligné l’importance d’une pleine participation active des femmes, dans des conditions d’égalité, à la prévention et au règlement des conflits ainsi qu’à l’édification et au maintien de la paix

La résolution 1325 a été adoptée en octobre 2000 par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Elle reconnaît l’impact disproportionné des conflits sur les femmes et l’importance de leur pleine participation active dans des conditions d’égalité, à la prévention et aux résolutions des conflits ainsi qu’à l’édification et au maintien de la paix.

Avant son adoption, deux autres résolutions notamment la 1265 et la 1296 abordaient déjà la protection des civils en situation de crise. Mais, la participation spécifique des femmes à la prévention et à la résolution des conflits et la paix durable restait significativement ignorée.

« Lorsqu’il y a des crises, les conséquences touchent plus les femmes, les jeunes et les jeunes filles. Et malheureusement, lorsqu’on parlait de résolution des conflits, les femmes n’étaient pas suffisamment associées », a rappelé Mme Combary. La résolution 1325 vient corriger cette lacune en exigeant que les pays tiennent compte des besoins spécifiques des femmes et des filles dans la prévention, la médiation et la consolidation de la paix.

Au Burkina Faso, l’engagement institutionnel a été progressif. Un premier plan d’action national (PAN) de mise en œuvre des Résolution 1325 et 1820 a été élaboré dès 2012 suites aux engagements pris de mettre en œuvre, la Résolution du conseil de Sécurité des Nation Unies du 31 octobre 2000. Mais, sa validation par le Conseil des ministres a tardé pendant près de sept ans. C’est finalement le 27 novembre 2019, sous l’impulsion de la ministre Laurence Marchal Zongo et grâce à un plaidoyer conduit par WANEP aux côtés de 200 organisations de la société civile avec l’appui financier d’Oxfam, que le document intégré de la disposition de la Résolution 2242 a été officiellement adopté pour une période de trois ans (2020-2022).

Le plan d’Action 2023-2025 a intégré 11 résolutions pour constituer un plan d’action national Intégré de mise en œuvre de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité (PAN-FPS), la Résolution 2250 sur l’implication des jeunes dans le processus de paix et de sécurité. L’objectif de ce plan est de renforcer l’implication des femmes et des filles dans la prévention et la gestion des conflits ainsi que dans la consolidation de la paix.

Sous la tutelle du ministre en charge du genre le PAN-FPS est un référentiel national pour la prise ne compte des droits fondamentaux, pour la prise en compte des besoins spécifiques, les priorités stratégiques   des femmes et des filles dans le processus de paix et de sécurité.

25 ans après l’adoption de la résolution 1325, Mme Combary dresse un bilan qui est encourageant pour le Burkina Faso.

Sur le plan législatif, plusieurs textes importants ont été adoptés comme la loi sur le quota genre, le renforcement du code pénal (2025) sur les violences faites aux femmes via la loi 061-2015/CNT (2025) portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes et des filles et prise en charge des victimes, la constitution qui consacre en son article premier, l’égalité de participation des hommes et des femmes à la gouvernance.

Le décret 2016-10512 portant définition des modalités de participation des populations à la mise en œuvre, de la police de proximité qui souligne la participation des association féminines dans les coordinations commuables de sécurités, Ou encore, la loi 06 relative à la politique de sécurité nationale de 2023 qui reconnaît le rôle de toutes les catégories de citoyens dans la prévention des conflits.

La création de cellules genre au sein des ministères et de l’Assemblée nationale, ainsi que la mise en place d’une direction dédiée à la promotion de la femme, du genre et à la thématique Femme, Paix et Sécurité, dont la mission est d’assurer la promotion et le soutien de la participation de la femme et de la jeune fille à la construction de la paix, à la stabilité et à la consolidation de la sécurité constituent entre tant autre, des avancées notables.

Au niveau opérationnel, WANEP dans le cadre de son programme femme, paix et sécurité a contribué avec l’appui de ces partenaires à renforcer l’implication des femmes et des jeunes filles dans la prévention et la gestion des conflits ainsi que dans la consolidation de la paix à travers la conduite de plusieurs projets structurants d’où des programmes triennaux qui ont permis de contribuer et améliorer la participation des femmes et des jeunes filles aux processus de paix et de sécurité, à la représentativité des femmes et des jeunes filles dans les mécanismes et initiatives de prévention et gestion de conflits est accrue

A travers le renforcement des capacités des femmes des mécanismes et initiatives de prévention et de gestion de conflits sur l’Agenda Femme, Paix et Sécurité, et de médiation et leur influence en matière de plaidoyer ; promouvoir la participation des femmes et des jeunes filles à la gouvernance du secteur de la défense et de la sécurité à travers le renforcement des compétences des femmes et des jeunes filles dans le secteur de la défense et de la sécurité ;

Renforcer la lutte contre les violences liées aux conflits à l’égard des femmes et des filles à travers la mise en place des cadres de référencement ; contribuer au relèvement et à la réhabilitation des femmes et des filles dans les situations de conflits à travers le développement de programmes d’autonomisation socio- économiques au profit des femmes et jeunes filles victimes de violences liées aux conflits.

Il s’agit des programmes de : renforcement des capacités et du rôle des femmes et des filles dans le processus de gouvernance politique et de consolidation de la paix dans les régions du Yaadga, du Nando, du Guiriko et du Nakambé au profit de 400 organisations féminines et plus de 800 femmes dans la prévention des conflits et la médiation communautaires.

Le réseau a également le leadership des organisations féminines pour la paix et la sécurité au Sahel, à travers le renforcement de leur capacités techniques, organisationnelles et institutionnelles et appuis aux activités catalytiques, de la promotion de la paix pour les jeunes notamment les jeunes filles garçons et avec les jeunes (PPJ) Burkina Faso ; de Renforcement des capacités des acteurs des services déconcentrés et des structures locales dans la promotion du genre et la consolidation de la paix.

En outre, il a permis que WANEP ait conduit un programme sur le leadership des organisations féminines dans la gouvernance du secteur de la sécurité, couvrant le Mali, le Burkina et le Niger. En outre, WANEP a conduit un programme de leadership féminin dans les zones transfrontalières du Liptako-Gourma. On note aussi la mise en place d’une coalition nationale regroupant plus de 500 organisations féminines de la société civile, qui a notamment assuré l’observation domestique des élections de 2020.

Cependant, plusieurs défis sont à relever car la représentation des femmes dans les instances politiques nationales reste insuffisante. « Au niveau politique, lorsqu’on parle de médiation, on ne voit pas vraiment les femmes », reconnaît la coordonnatrice. Les mécanismes institutionnels comme la Projette, instance de dialogue, restent dominés par des chefs coutumiers et religieux, une configuration qui exclut structurellement les femmes. « Il faut des réformes politiques pour renforcer la participation de la femme dans le processus de résolution des conflits », insiste-t-elle.

Au-delà des données politiques et institutionnelles, Mme Soulama tient à souligner un fait souvent négligé dans la tradition burkinabè. Les femmes ont toujours été des médiatrices naturelles. « On dit que ce que la barbe dit au jour, c’est ce que les femmes ont dit la nuit. Dans certaines coutumes, tant que la femme ne donne pas l’eau dans une calebasse, rien n’est fait pour la résolution des conflits », rappelle-t-elle.

Cette réalité culturelle profonde, souvent invisible dans les analyses politiques formelles constitue pourtant, le socle d’un engagement millénaire des femmes pour la paix. Pour WANEP, valoriser ces pratiques traditionnelles et les articuler avec les cadres normatifs internationaux est une priorité stratégique.

En ce 25e anniversaire, la coordonnatrice adresse des messages clairs à chaque acteur de la société Burkinabè.

Aux femmes, elle lance un appel à renforcer leur leadership pour la paix et la sécurité « La paix durable se fait avec les femmes. La femme est le maillon de la sécurité communautaire nationale », exhorte-t-elle.

À la jeunesse, elle rappelle l’urgence d’une éducation à la paix et à la non-violence et d’un soutien institutionnel plus solide. « Nos jeunes ont beaucoup de potentialité. Il faut voir comment les accompagner pour qu’ils soient des leaders affirmés pour le changement. » a-t-elle encouragé.

Aux institutions étatiques, elle plaide pour un partenariat véritable avec la société civile, « basé sur la collaboration et non la concurrence ».

Aux partenaires techniques et financiers, elle demande de renforcer les soutiens relatifs aux processus de reconquête du territoire, de retour de la paix et de cohésion sociale au Burkina Faso.

Dans le cadre du mécanisme de suivi continental de l’Union africaine, le Burkina Faso a produit deux rapports nationaux consécutifs, de 2023 à 2025. WANEP, qui a participé activement à leur élaboration, y voit un signe positif de l’engagement du pays. Mais pour la coordonnatrice, l’heure est aussi aux projections.

Il faut de ce fait, renforcer les réformes législatives, élargir la plateforme des femmes ambassadrices Femmes, Paix et Sécurité à toutes les femmes ayant occupé des postes décisionnels parlementaires, gouverneurs, ministres, etc.  Et continuer à investir dans les capacités organisationnelles des mouvements féminins à la base.

« 25 ans, c’est une période pour évaluer les avancées, identifier les limites et tracer des perspectives pour que la place de la femme soit pleinement reconnue », conclut Alice combary Soulama. Un programme ambitieux, à la mesure des défis que traverse le Burkina Faso.

Farida KONATE (Stagiaire)

Ange BAMOUNI(Stagiaire)

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