Originaire de Bassitenga, elle est passée d’Institutrice adjointe certifiée à professeure certifiée des écoles (PCE). Exerçant actuellement, à l’école Nioniogo A, dans la commune de Dapelogo, elle a 15 ans d’expériences. Cette année, elle a encore fait un taux de 100% au Certificat d’études primaires (CEP). Désormais, Habibou Sanfo épouse Ouédraogo fait partie du tableau d’excellence. Zoom sur une éducatrice inspirante !
Elle se distingue par sa capacité à transmettre des connaissances avec empathie, patience et aisance. Elle sait aussi comprendre le rythme de chaque apprenant, de chaque élève. Elle sait également rendre l’apprentissage captivant, instaurer un climat de confiance et ajuster ses méthodes d’enseignement aux besoins. Avec bienveillance, elle pousse ses élèves à persévérer. Elle a bien d’autres qualités.
Ce profil, c’est celui qui correspond le mieux, à madame Habibou Ouédraogo. Issue d’une famille polygame, ses parents ont fait de leur mieux pour leur garantir une bonne éducation scolaire. Contrairement à certains parents qui refusent de mettre leurs filles à l’école, Ladji Ousséni Sanfo fait l’exception. Pour lui, tous les enfants sont égaux et méritent les mêmes chances. Cette philosophie de la vie fait de lui, un père modèle.
Suivons ses propos dans cette vidéo!
Reçus en famille, ce vendredi 31 juillet, c’est un papa impatient que nous avons rencontré. Il parle avec fierté du parcours de l’une ses filles, Habibou. Ses yeux brillaient de confiance. Maman, frères et sœurs n’ont pas voulu se faire conter l’évènement. Les autres membres de la famille étaient absents pour des raisons de calendrier.
Une âme de pédagogue
Revenons à l’histoire de Habibou Sanfo! Elle est le genre de personne qui a le sens de la formation, qui partage ses connaissances et qui a l’amour d’autrui. En clair, elle aime propulser au sommet. C’est ce qui justifie qu’aujourd’hui, elle soit devenue enseignante. Pour cause, depuis le lycée, elle aidait toujours, ses camarades en classe et à la maison, elle encadrait les petits-frères du quartier.
Pétrie de talent, son accompagnement porte des fruits car ces derniers obtenaient leur certificat d’études primaires (CEP). Un motif de fierté pour les parents qui ne manquaient pas de féliciter Habibou Sanfo et de la remercier pour ce qu’elle fait pour leurs enfants.
Stimulée dans sa démarche, en 2009, Habibou Sanfo décide de poursuivre dans cette dynamique en s’inscrivant dans une école de formation, Nonglom Evangélique. Elle est de la deuxième promotion.
Après cette formation, elle est admise au concours de recrutement des enseignants. Puis, affectée à Zorgho dans la Circonscription d’éducation de base (CEB) de Zoungou en 2011. De Zorgho, elle rejoint respectivement Ourgou-Manéga et Dapelogo où elle commence véritablement, sa carrière avec la classe de CM1. L’année suivante, elle tient la classe de CM2. A l’examen, elle enregistre un taux de réussite de 97%.
Et, c’est au tour de Gonsé de l’accueillir pendant deux ans. Aux termes de son séjour, elle dépose ses valises à Nioniogo pour la classe de CE2 suivie de celle de CM2. En 2024, un seul candidat n’a pas réussi à l’examen. L’année dernière, en 2025, seulement deux élèves ont échoué. Cette année, elle a fait 100%. Durant ces trois années consécutives, Habibou Sanfo a tenu comme fer, à élever le niveau.
Mariée et mère de trois enfants, elle ne cache pas son amour pour le monde des enfants. Actuellement, bien que ce soit les vacances, zéro repos pour cette dame ! Elle ne peut absolument pas se séparer de ses élèves.
« Je suis impatiente que les cours reprennent parce que, mes élèves et moi, on a une certaine complicité. Ils savent ce que je veux et moi aussi, je les encourage sans cesse », justifie-t-elle avant de poursuivre « Quand ils ne comprennent pas quelque chose, ils viennent poser des questions. Comme ils connaissent le programme, ils me devancent en classe et commencent à travailler », explique-t-elle.
Pour les élèves qui rencontrent d’énormes difficultés, Habibou Sanfo met les bouchées doubles pour qu’ils puissent rattraper les autres.
« J’avais vraiment peur ».
Durant neuf mois, Habibou Sanfo et ses élèves ont bossé dur. Telle une femme enceinte, le moment est venu pour le bébé de sortir. Ses efforts ont payé. La moisson a été bonne.
« Avant la proclamation des résultats, j’avais vraiment peur. Mais, le directeur m’a demandé de me calmer en me disant que mes élèves ont un bon niveau et qu’ils vont réussir. Effectivement, on a fait un taux de réussite de 100%. J’étais très contente », rappelle-t-elle.
Face à une telle prouesse, ce sont les élèves eux-mêmes qui ont proposé de payer un tissu à « Madame » pour qu’ils fassent un uniforme ensemble. Cette proposition est la preuve que les enfants sont fiers d’elle.
Abdallah est la parfaite illustration de ce que nous avançons. « Madame nous conseille d’apprendre nos leçons, de venir à l’école à 6h30 pour ne pas être en retard, de bien travailler et d’aider nos parents dans les travaux domestiques. On l’aime bien », témoigne-t-il.
On ne saurait parler d’élève sans parler de parents. L’un d’entre eux est Ali Sawadogo, le président du Conseil de gestion de l’école (COGES). Très content du parcours de Habibou Sanfo, le cultivateur bénit l’enseignante depuis son champ, ce 6 juillet et lui souhaite le meilleur : un climat de travail convivial, du succès dans sa carrière et de belles perspectives pour l’école. Abdallah et lui ont été joints par whatsapp.

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Une épine, de moins, dans le pied
L’arbre ne doit pas cacher la forêt, dit un adage. Cet adage prend tout son sens ici, dans la mesure où, malgré les bons résultats, il faut reconnaître qu’il y a, quand même, des difficultés dans l’atteinte des objectifs.
Selon l’institutrice, le problème réside dans la mise à disposition des manuels scolaires, en particulier, les livres de lecture. « Les livres viennent en quantité. Mais, comme les enfants n’entretiennent pas bien, ça se déchire avant la fin de l’année scolaire et l’on se retrouve avec un manque à gagner », clarifie-t-elle.
Cependant, une personne est constamment présente pour essayer de faciliter la mission de cette éducatrice hors-pair. Il s’agit de monsieur Boureima Belemousgo, enseignant à la CEB de Dapelgo, province de l’Oubri, dans la région de Bassitinga et directeur de l’école de Nioniogo A.
A chaque besoin exprimé, il n’attend pas le Ministère de l’éducation de base, de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales (MEBAPLN). Rapidement, cet homme sympathique et généreux, fait de son mieux pour répondre aux attentes. Il est d’un grand soutien dans l’accomplissement de la mission de Habibou Sanfo. Les collègues de cette dernière, également.
« Je crois fermement en cette initiative ».
Éprise d’éducation scolaire, Habibou Sanfo rêve d’ouvrir une école. Mais, cela ne peut être possible sans moyens financiers, conséquents. Elle nourrit l’espoir que cette requête aura écho favorable pour un Burkina Faso, engagé pour la souveraineté, à tous les niveaux.
« Mon plus beau rêve, c’est de voir ce projet, se réaliser, un jour. Il fera la joie de nombreux enfants qui cherchent à se cultiver, à préparer leur avenir pour être des hommes de demain et surtout, la fierté des parents soucieux d’un lendemain meilleur. Je crois fermement, en cette initiative », confie-telle avec assurance.
Grâce à une synergie d’actions, réaliser cette infrastructure ne sera peut-être pas, une montagne à soulever. Cela évitera aux enfants, un tant soit peu, de faire la douloureuse expérience des écoles sous paillotes et hangars.
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« Elle est digne de confiance ».

Quand il est arrivé, elle lui a fait le point de la situation du personnel. « Ce qui m’a permis de réaménager le travail. Ça fait la troisième fois qu’elle tient la classe de CM2 et les résultats sont satisfaisants. Ce qui facilite son travail, c’est son approche. Il n’y a pas de barrière entre nous. Si elle a des difficultés, elle me fait appel et je lui donne un coup de main », lance-t-il.
Il invite sa collègue à continuer dans la quête de l’excellence, à travailler dur, à lire, à se former et à profiter des vacances pour acquérir plus de connaissances. « On dit : Qui cesse d’être meilleure, cesse d’être bon ! », martèle-t-il.
En plus de sa casquette d’enseignante, Habibou Sanfo pilote les activités de son école en tant que responsable de l’Organisation du sport et de la culture à l’école primaire (OSCEP). C’est une compétition organisée par les Circonscriptions d’éducation de base (CEB). Elle permet aux élèves de s’affronter dans des disciplines comme le football, l’athlétisme, la danse et les contes pour favoriser la cohésion sociale et le vivre-ensemble.
Durant les différentes rencontres, les enfants ont mis, en exergue, leur créativité et émerveillé le public. Ils ont été champions en football et en ballets modernes. Elle organise aussi les enfants le matin, pour que l’école soit propre. « Quand quelqu’un travaille bien, il faut avoir le courage de reconnaître ses efforts, de le remercier et de le valoriser. Ça motive la personne à faire mieux », admet Boureima Belemousgo.
Azèta Ilboudo Sanon, institutrice à l’école de Sarma « A » (CEB de Bokin « 2 » dans la région de Yaadga), explique qu’elle connaît Habibou Sanfo depuis l’École nationale des enseignants du primaire (ENEP).

Elle décrit Habibou Sanfo comme une personne loyale, toujours disponible pour donner des conseils et apporter son aide. Dans le cadre professionnel comme dans la vie courante, elle se distingue par sa curiosité et son désir d’apprendre. Elle sollicite souvent, ses collègues pour enrichir ses connaissances notamment, dans le domaine culturel afin de transmettre des savoirs aux élèves. Pour Azèta Ilboudo, cette capacité à demander et à chercher fait la force de son amie.
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« C’est une dame très compétente ».
Après la proclamation des résultats, Adama Tondé a fait un post sur facebook pour lui rendre hommage. « Il y a des victoires qui méritent d’être gravées dans le marbre. Aujourd’hui, je veux célébrer le travail titanesque, la passion et la rigueur de ma petite sœur Biba Sanfo. Pour cette session encore, tu as réalisé l’exploit parfait : 100% de réussite pour tes élèves. Un carton plein qui prouve que la valeur, l’amour du métier et le leadership pédagogique font des miracles tout comme pour beaucoup d’autres enseignants. A vous tous qui portez ces enfants vers l’excellence, je vous tire mon chapeau », félicite-t-il.
Il n’y a pas que les collègues et les élèves qui apprécient Habibou. Adama Tondé, voisin et frère de quartier exprime ouvertement, son admiration pour cette dame. Il raconte qu’auparavant, elle avait déjà fait 100% quand elle enseignait à Gonsé, dans son village. Ces enfants font le baccalauréat, cette année.

Burkinabè résidant à l’étranger, Adama Tondé récompense annuellement, les meilleurs élèves et les enseignants. « J’ai toujours célébré l’excellence dans le travail et le mérite. C’est une dame très compétente », fait-il remarquer.
C’est la troisième fois consécutive qu’il parraine l’école de son village. Tous les élèves admis au CEP, tous les cinq premiers de chaque classe ainsi que leur enseignant et le directeur sont récompensés. « Chaque clôture de classe est une fête », déclare-t-il tout en indiquant qu’au regard des résultats obtenus chaque année, les élèves des villages environnants, viennent, de plus en plus, dans leur école, les obligeant à construire un bâtiment de trois classes grâce à une initiative dénommée Gonse-Mêbo. Il réaffirme son engagement à toujours accompagner sa sœur Biba.
Selon Habibou Ouédraogo Sanfo, sa grande satisfaction est de participer à l’effort de développement du Burkina Faso et de travailler avec tous ces formidables gens de son école. Elle remercie par la même occasion, son époux, sa famille et toutes les personnes qui ont contribué à faire d’elle, ce qu’elle est, aujourd’hui.
Françoise Tougry
Abdoulaye Ouédraogo


