Microbiologiste de formation, Fatimata Segda Sabo est une des pionnières dans l’accompagnement des entreprises à la normalisation et à la certification. A travers son entreprise SODIA Qualité elle veille sur l’hygiène sanitaire des consommateurs et l’intérêt commercial de l’entreprise. Le 6 janvier 2026, Queen Mafa est allé à sa rencontre.
C’est dans son bureau situé aux 1200 logements qu’elle nous reçoit, dans une magnifique tenue, elle nous souhaite la bienvenue, avec douceur et sourire. Ce qui est frappant chez elle, c’est son teint d’ébène, apprécié et salué à sa juste valeur. Pétillante et accueillante, on ne peut que suivre son rythme. Exerçant dans le domaine de la normalisation depuis un quart de siècle, elle a commencé avec le PNUD (précisément à l’ONUDI, Organisation des Nations-Unies pour le Développement Industriel) en 2001. En 2006, lorsque le projet a pris fin, elle crée SODIA Qualité, un bureau d’études qui accompagne les entreprises à la normalisation et à la certification, pour l’hygiène sanitaire des aliments, la santé des consommateurs et l’intérêt commercial des entreprises. De 2020 à 2025, elle enregistre près de 500 entreprises formées et accompagnées, avec plus de 100 produits agroalimentaires accompagnés et certifiés ou en cours de certification.

Femme de terrain, elle mouille le maillot, sans limites, sans barrières, sans frontières. « Toute entreprise qui sollicite certifier ses produits, qu’elle soit à l’est, au sahel, à l’ouest, au nord, au sud ou encore au centre, peut nous faire appel. Nous répondons toujours présents », indique-t-elle.
Les critères de la normalisation NBF (certification ABNORM) sont les 5M. Il s’agit du Milieu de travail, du Matériel et équipements, des Matières premières, de la Main d’œuvre et enfin, de la Méthode de travail. Les certificats sont valables trois ans. Période durant laquelle, l’ABNORM revient chaque année pour voir comment fonctionne l’entreprise. Ce sont les audits de surveillance.
« Parfois, les gens se battent pour avoir les certificats. Mais, une fois qu’ils les ont eus, ils dorment sur les lauriers. Tout ce qu’ils avaient comme acquis, s’envole. C’est pourquoi nous sommes toujours là pour les faire avancer », informe-t-elle.
Un autre point important de son parcours est sa casquette de première consultante nutrition-santé à la Direction générale de l’Enseignement de Base et de l’Alphabétisation. En effet, elle accompagne les élèves avec des mesures de lutte contre les carences en vitamine A, en iode, en fer, contre le goitre, les parasitoses… « Mon travail était de former les inspecteurs, les conseillers pédagogiques sur ces carences et leur montrer comment, il faut utiliser les médicaments. J’ai fait ça de 1996 à 1998 », souligne-t-elle.

Une carrière progressive
De 1995 à 2002, elle est enseignante vacataire en nutrition et diététique au département de biochimie. Pendant cette même période, elle est enseignante vacataire en Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) dans plusieurs lycées tels que Bogodogo, Marie Curie et Gabriel Taborin. Recrutée en février 2001 par l’ONUDI au compte du projet Programme intégré de l’ONUDI au Burkina Faso, elle abandonne l’enseignement à cause des multiples voyages. Ce projet est l’un des premiers à avoir initié la démarche qualité dans les entreprises.
Ledit projet visait les huit pays de l’UEMOA. Mais, il avait cependant, commencé avec le Burkina et le Mali sauf qu’il n’y avait pas de consultante privée à l’époque. Ainsi, le département de technologie alimentaire en collaboration avec Fasonorm constituant le comité technique a rencontré des difficultés n’ayant pas permis un démarrage effectif du projet. Le besoin de recruter une personne qui va être spécifiquement dans les entreprises avec pour mission, de détecter les problèmes et rapporter au projet pour relever les défis, s’est fait, sentir. « C’est ce qui a été une opportunité pour moi d’être recrutée. Ils avaient mis une petite touche dans l’avis de recrutement, avoir une expertise en agro-industrie était un atout. Ce petit atout a fait ma différence », soutient-elle.
Représentante de plusieurs structures partenaires à travers l’Afrique et dans le monde depuis deux ans, elle assure des formations certifiantes en systèmes de management.
Le don de soi, une ressource galvanisante
Scoute depuis son adolescence dans les années 1976, les valeurs prônées par cette discipline ont contribué à forger son caractère, faisant d’elle, une personnalité modèle. « Le scoutisme enseigne la franchise, la loyauté, la persévérance, le don de soi, le service bien fait pour de bons résultats, être serviable et servir son pays », indique-t-elle.
De petits contrats à contrats annuels, elle accompagne les entreprises, en qualité de consultante de l’ONUDI et cela, pendant six ans. Aux termes du projet, elle acquiert de l’expertise qu’elle décide de valoriser, en créant SODIA Qualité.
Selon Fatimata Segda Sabo, beaucoup d’entreprises agro-alimentaires comprennent aujourd’hui, le bien-fondé de la certification. Cependant, ce sont les moyens qui leur manquent.
Titulaire d’une licence en microbiologie, ingénieure agroalimentaire, spécialiste en nutrition-diététique et maladies métaboliques, Fatimata Segda Sabo se réjouit de travailler dans le domaine de ses études, contrairement à d’autres personnes qui finissent dans un autre domaine. « Ça fait plaisir parce que les gens que je forme me disent que je suis venue leur ouvrir les yeux sur beaucoup de choses. Les bénédictions qu’ils me donnent n’ont pas de prix. C’est une satisfaction morale », spécifie-t-elle. La directrice générale de SODIA Qualité invite la jeune génération à ne pas se contenter de faire juste ce qu’on lui demande. Mais, de faire plus et mieux.
Une mère exemplaire
Un saut dans le passé nous rappelle que Fatimata Segda Sabo a été une élève brillante, elle raflait les meilleures notes en classe, particulièrement, en mathématiques. « Si on fait un devoir et que je n’ai pas 20/20, je ne suis pas contente. Mais, j’aimais partager mes connaissances avec les autres », fait savoir cette mère dont les enfants ont emboîté le pas : rigueur au travail et performance académique.
Il n’y a pas que ses enfants qui l’apprécient. Non, elle fait la fierté d’autres personnes en l’occurrence, Fatimata Saba. promotrice de l’entreprise SAFAS basée à Dori. En effet, leurs chemins se sont croisés en 2019, lors d’un voyage. « Je suis Fatimata, elle est Fatimata, ma mère est Fatimata. Quand elle s’est présentée, je l’ai automatiquement appelée maman. Elle m’a aidée à bercer mon enfant de Dori à Korhogo. Depuis cet instant, jusqu’ à ce jour, Dame Sabo n’a pas cessé de me prodiguer des conseils et de me soutenir autant que faire se peut », affirme-t-elle.

Selon elle, travailler avec la DG de SODIA Qualité est une belle expérience. Elle est un manager qui dirige avec le bâton et la carotte. « Quand il s’agit de son travail, elle ne s’amuse pas », clarifie la jeune entrepreneure qui révèle que dans le cadre du projet Oxfam, elle a bénéficié de l’appui de SODIA Qualité. Ce qui lui a permis de décrocher la certification de 37 produits, un seul ayant été rejeté. « Si tu suis à la lettre ses recommandations, tu ne peux que réussir. C’est ce que j’ai compris d’elle », fait remarquer la lauréate de Talent d’Or 2025.
De ses dires, Fatimata Sabo est une dame au grand cœur qui, par sa rigueur permet à beaucoup de femmes d’être autonomes parce que, qui parle de qualité parle d’autonomisation, de propreté, d’hygiène et les produits parlent d’eux-mêmes. « Quand j’entends parler d’elle, j’ai la chair de poule. Respectueuse des autres, elle ne fait aucune différence entre les gens. A travers cette dame, mes larmes ont été essuyés. Elle a fait de moi, un modèle. Grâce à elle, mon entreprise est devenue une référence », précise-t-elle, la voix tremblante.
Une éducation, un héritage
Ayant grandi avec sa grand-mère entrepreneure, Fatimata Segda a eu une enfance dynamique couplée à une éducation, un peu sévère. De l’école primaire à l’internat, la jeune fille ne recevait pas d’argent de poche pour la récréation, ni de goûter comme les autres enfants. « Je ne sortais jamais à la récréation et une de mes amis l’avait remarqué » déclare-t-elle et de poursuivre « Quand une vieille personne porte quelque chose de lourd sur la tête, que je m’assieds et puis, je la regarde sans l’aider, ma grand-mère va me gifler. Aussi, on n’interrompt pas une personne quand elle parle ».
Marquée par ces leçons de vie, Fatimata ne les a pas oubliées jusqu’à présent, estimant que ça lui a fait du bien, des années plus tard : être financièrement autonome et aider les autres. Née à Bobo-Dioulasso, elle est l’aînée d’une famille polygame.
Pour l’histoire, la grand-mère de Fatimata fait partie des premières femmes entrepreneures de renom à Bobo Dioulasso, surtout dans le transport du bois de chauffe en faveur des hôpitaux. Cette dernière a beaucoup œuvré à l’édification de la ville de Bobo, le transport des agrégats pour la construction du lycée municipal, du lycée Ouezzin Coulibaly, de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS)…
Elle a desservi pour la première fois en car de transport, les villages de Lena, Kofila… au bonheur des Millogo.
« Elle ne s’amuse pas avec son travail ».
Selon Dr Bakoué Jean Paul Karama, chef de département mines, carrières et énergie au Bureau national des Grands Projets du Burkina, Fatimata Segda Sabo contribue énormément à la mise en place d’infrastructures de qualité, à la formation de nombreux experts en auditeurs-qualité et à l’accompagnement de nombreuses entreprises à la certification système et certification service.

« Rigoureuse, très gentille, honnête et intègre, elle fait très bien, tout ce qu’on lui confie. A ce niveau, je pense que le gouvernement a bien fait de la décorer. Engagée dans le domaine de la qualité, de toutes les entreprises qu’elle a encadrées, je n’ai jamais entendu de plaintes. Les formés aussi », explique Dr Karama, collègue de Pr Segda. Pr Segda est en fait, l’époux de Fatimata Sabo. Il est également l’ex-président de l’université de Koudougou, « Elle ne s’amuse pas avec le travail bien fait », insiste Dr Karama.
« Je dois sortir de l’ombre »
Décorée le 23 décembre 2025, Fatimata Segda Sabo est fière de cette distinction même si elle avait espéré l’avoir, plus tôt. Une reconnaissance qui l’invite à mieux faire et à demeurer dans la persévérance. L’expertise de Fatimata Segda Sabo ne souffre pas de débats. Désormais, elle envisage multiplier les actions de communication pour donner plus de visibilité à son entreprise et être au service du plus grand nombre.
L’experte invite les entreprises à s’ouvrir aux jeunes ingénieurs pour leur donner l’opportunité d’apprendre, d’exercer, de faire des suivi-évaluations afin qu’ils puissent un jour, être recrutés et capables de prendre la relève en matière de certification et de qualité.
Aussi, suggère-t-elle aux autorités, de mettre en place un programme qui va permettre d’accompagner les entreprises locales dans le processus de certification de leurs produits afin de les valoriser. En dernier ressort, il faut que les entreprises sachent investir dans la qualité, pour leur prospérité parce que sans la qualité, elles sont appelées à disparaître.
« Beaucoup de femmes n’ont pas cette chance »
Mme Segda dit être une femme épanouie sur les plans professionnel, social et familial. Elle l’est également dans ce qu’elle fait et par l’impact de ses actions notamment en faveur des entreprises et des entrepreneur.e.s.
Fatimata Segda témoigne de la gratitude à son époux qui lui est, d’un soutien permanent et inconditionnel. « Je remercie le bon dieu de m’avoir donné un mari compréhensible. Mon travail m’amène à être régulièrement en déplacements. Souvent, loin de la famille. Je lui suis reconnaissante pour son soutien parce qu’il y a des femmes qui n’ont pas cette chance », dit-elle.
Le poids des années n’a pas réussi à atténuer certains souvenirs et elle repasse le film de quelques passages de sa vie. « Chaque fois que je dois former une entreprise, je suis contente parce que les enseignements reçus permettent de changer leur fonctionnement. Dès le premier jour de la formation, les participants sont pressés de rentrer chez eux pour mettre en pratique ce qu’ils ont appris », explique-t-elle. Cette attitude témoigne de l’effet immédiat du renforcement de capacités.
A ce jour, auditrice et formatrice, Fatimata Segda Sabo accompagne les entreprises à la certification pour les normes NBF, HACCP, ISO 9001, ISO 22000 et peut accompagner tout type de certification des systèmes de management avec ses partenaires à l’international.
Françoise Tougry
Abdoulaye Ouédraogo Queenmafa.net









