Face aux violences sexistes et sexuelles (VSS) qui continuent de toucher les femmes et les filles, les organisations de défense des droits cherchent de nouvelles façons d’agir, au-delà de la seule prise en charge des victimes. C’est dans cette dynamique que l’association Voix de Femmes a réuni, ce mardi 15 septembre 2026 à Ouagadougou, des organisations sœurs à l’occasion d’une rencontre de plaidoyer consacrée au projet « Se Défendre : soutenir les femmes burkinabè et leurs organisations dans leur lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) ».
La rencontre avait un double objectif : présenter le projet « Se Défendre » aux organisations participantes et faire le point sur ce qui a déjà été réalisé dans sa mise en œuvre, notamment autour du litige stratégique porté par Voix de Femmes.
Mis en œuvre par un consortium composé d’Equipop, chef de fil, de l’Association des Femmes Juristes du Burkina Faso (AFJ/BF), de l’Initiative Pananetugri pour le Bien-être de la femme (IPBF) et de l’association Voix de Femmes, avec l’appui financier de l’Agence française de développement (AFD), le projet s’attaque aux violences faites aux femmes et aux filles à travers plusieurs actions complémentaires.
L’idée est de ne pas attendre que les violences produisent leurs conséquences pour intervenir. Le projet agit sur la prévention, l’information des femmes sur leurs droits et leur accompagnement juridique. Il veut également s’attaquer aux problèmes institutionnels et juridiques qui peuvent favoriser ou laisser persister certaines violences.
C’est sur ce dernier volet que la juriste de formation, par ailleurs chargée de projet à IPBF, Carine Ouoba a centré sa présentation. Elle a expliqué le principe du litige stratégique, présenté comme l’une des innovations du projet et comme l’axe porté par Voix de Femmes. Contrairement à un litige ordinaire qui vise essentiellement à régler le problème d’une personne, le litige stratégique part d’un cas particulier pour rechercher, au-delà de la réparation de la victime, un changement plus large.

Mais, elle a souligné que tous les cas de violence ne peuvent pas nécessairement servir de litiges stratégiques. Le cas retenu doit avoir un caractère emblématique et permettre de mettre, en lumière, une problématique plus large. Il doit également être fondé sur une question de droit et présenter un potentiel de changement au bénéfice de l’intérêt public.
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Toutefois, l’approche ne signifie pas que la victime est reléguée au second plan. Sa situation doit d’abord, être prise en compte et réparée avant qu’on ne puisse rechercher une évolution plus profonde du cadre juridique, institutionnel ou social.
À travers cette démarche, Voix de Femmes entend aller au-delà des conséquences visibles des violences. Il s’agit aussi d’identifier les failles qui permettent à certaines violations de se produire ou de rester sans réponse et d’interpeller les institutions concernées. Le litige stratégique peut ainsi contribuer à encourager d’autres victimes à dénoncer les violences, à renforcer les organisations de la société civile et, dans certains cas, à faire évoluer les pratiques du système judiciaire.
Pour, le directeur exécutif de l’association Voix de Femmes, Rafaël Zongnaba, cette démarche reste encore peu utilisée dans les pays francophones d’Afrique, alors qu’elle peut constituer un véritable outil de défense des droits des femmes. Il insiste surtout sur l’importance de l’action collective.

Une femme seule ou une organisation isolée peut avoir du mal à faire face à une institution, notamment lorsqu’un dossier met en cause des responsabilités institutionnelles. D’où la nécessité, selon lui, de créer un bloc suffisamment solide regroupant organisations, femmes, jeunes et autres acteurs engagés dans la défense des droits des femmes.
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Cette logique de complémentarité est d’ailleurs, au cœur du projet. Chaque organisation intervient selon son domaine de compétence afin de permettre une prise en charge plus complète des victimes. L’IPBF intervient sur la prévention et l’information sur les droits, l’AFJ/BF sur l’accompagnement juridique et judiciaire, tandis que Voix de Femmes travaille sur l’amélioration du cadre juridique à travers le litige stratégique.
Pour les participantes, cette complémentarité constitue l’un des principaux enseignements de la rencontre. Chargée de projet à l’association Sœurs pour Sœurs/Tond La Taaba, Rosine Ki-Boro a salué cette démarche qui permet de réunir plusieurs compétences autour d’une même victime.

Elle appelle également les victimes et leur entourage à ne pas rester silencieux face aux violences. Pour elle, il est important de signaler les cas et de se rapprocher des structures capables d’apporter un accompagnement.
Au-delà de la présentation du projet, cette rencontre a permis de mieux faire connaître le litige stratégique et de rappeler la nécessité d’une mobilisation collective. Pour Voix de Femmes et ses partenaires, l’enjeu est désormais, de poursuivre la mise en œuvre de cette approche afin que certains cas de violences puissent contribuer à rendre justice aux victimes et à provoquer des changements durables dans la société et dans les institutions.
Augustine Sawadogo Stagiaire



