Burkina Faso : 8 mars sans djandjoba, des voix féminines s’expriment

Chaque 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes donne lieu à de multiples célébrations au Burkina Faso. Au fil du temps, il est devenu un rendez-vous festif plus qu’une simple célébration symbolique. Cependant, pour le 8 mars 2026, une décision majeure vient changer la donne.  Celle de l’interdiction du djanjoba par les autorités du pays. Pour l’occasion, deux femmes, toutes amoureuses des mots, l’une slameuse et l’autre écrivaine nous livrent leur lecture du sens profond de cette célébration.

Le 3 mars dernier, le ministère de la Famille et de la Solidarité avec à sa tête le Lieutenant-colonel Passowendé Pélagie Kaboré, annonçait l’interdiction des festivités dites superficielles. Plus d’attroupement des femmes dans les maquis, plus de réjouissances, plus d’exhibition sociale et de démonstration de réussite économique, plus de djandjoba tout simplement.  L’accent est mis sur les actions concrètes et l’engagement et la mobilisation citoyenne.

Cette réorientation vers des actions concrètes trouve un écho favorable chez certaines voix féminines. À l’instar de la slameuse Emmanuella Sorgho, qui rappelle que le 8 mars demeure avant tout une date de mémoire. « C’est une journée qui nous rappelle les luttes menées par les femmes pour obtenir leurs droits, mais aussi un moment pour faire le point sur les défis qui restent à relever », confie la slameuse. Une journée qui, selon elle, doit être un appel constant à l’égalité, au respect et aux opportunités pour les femmes.

Emmanuella Sorgho

Toutefois, au Burkina Faso, cette commémoration est souvent associée au djandjoba, une pratique festive. Une réalité que l’artiste ne rejette pas totalement. « Le djandjoba peut être vu comme un moment de retrouvailles et de solidarité entre femmes », reconnaît-elle. Mais elle alerte que lorsque cette pratique devient centrale, elle peut faire oublier l’essence même du 8 mars, qui est la sensibilisation autour des droits et de l’autonomisation des femmes.

Une analyse que partage, avec plus de fermeté, l’écrivaine Ophélie Konsimbo. Pour elle, le 8 mars est une journée de commémoration, mais aussi de projection. « Elle permet de penser l’action au présent tout en se projetant dans le futur », explique-t-elle. Si la danse, dans sa dimension culturelle, lui semble essentielle à la vie communautaire, le djanjoba, en revanche, lui paraît inadapté au cadre du 8 mars.

« Le djanjoba n’est pas seulement une danse. C’est une mise en scène des biens, des vêtements et du pouvoir économique. Je ne vois pas en quoi cette pratique devrait être promue le 8 mars », explique l’écrivaine. Elle regrette une célébration qu’elle juge superficielle, vidant la danse de sa fonction sociale et thérapeutique pourtant reconnue dans de nombreuses sociétés africaines.

L’interdiction du djanjoba par les autorités est ainsi perçue par les deux femmes comme une opportunité de recentrage. Pour Emmanuella Sorgho, cette décision permet de promouvoir des activités éducatives, économiques ou sociales en faveur des femmes, mais l’essentiel est que les actions menées améliorent réellement la vie des femmes.

Ophélie Konsimbo

Même raisonnement chez Ophélie Konsimbo, qui estime qu’il est temps de penser le 8 mars autrement. Selon elle, la valorisation de la femme ne doit pas se limiter à l’apparence ou à l’esthétique, mais intégrer la beauté de la reconnexion à soi et surtout la beauté de l’esprit.

Au-delà d’une journée symbolique, les deux femmes appellent à des actions durables. Formations, autonomisation économique, lutte contre les violences basées sur le genre, mais aussi engagement individuel. Emmanuella Sorgho suggère même que chaque 8 mars soit l’occasion pour les femmes de se lancer un défi concret. Celui de créer une activité, initier un projet, poser un acte transformateur.

Pour Ophélie Konsimbo, la réponse est plus radicale. « Il faut que tous les jours soient des 8 mars », martèle-t-elle. Une vision qui rejoint cette célèbre pensée de Thomas Sankara, rappelant qu’aucune Nation ne peut se construire sans exploiter les atouts des femmes, qui constituent près de la moitié de la population.

 Fabrice Sandwidi/Queenmafa.net

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