La grossesse est une période de transformation physique et émotionnelle chez la femme. Une étape qui nécessite un suivi médical pour assurer la santé de la mère et du fœtus. Cependant, certaines personnes se tournent vers l’automédication, croyant être sur la bonne voie. Le vendredi 10 Avril, nous nous sommes rendus au centre médical Saint J-M. Entre recours aux remèdes traditionnels, usage de médicaments sans ordonnance et manque d’information médicale, les témoignages de femmes enceintes révèlent une réalité complexe et préoccupante.
On parle d’automédication lorsqu’une personne décide de prendre des médicaments sans avis médical ou le conseil d’un pharmacien. C’est une pratique répandue dans de nombreux pays et le Burkina Faso n’y échappe pas. Chez les femmes enceintes, elle prend une dimension particulière car elle peut avoir des conséquences graves sur la santé de la mère et de l’enfant à naître.
À travers notre reportage réalisé au centre médical Saint J-M, plusieurs voix se sont exprimées. Patientes et sage -femmes racontent leurs expériences, leurs habitudes et leurs inquiétudes. Ce qui permet de mieux comprendre les enjeux liés à l’automédication dans un contexte où les traditions, le manque d’information et les contraintes économiques s’entremêlent.
Des témoignages poignants
Z.R, une patiente de 28 ans, explique qu’elle n’a jamais pris de médicaments sans ordonnance depuis le début de sa grossesse. Même pour des maux de tête ou des nausées, elle s’abstient. En revanche, elle consomme des tisanes préparées par des personnes âgées qu’elle appelle « médicaments pour le sang ».
Lors de sa deuxième consultation, elle a informé la sage-femme de cette pratique et celle-ci lui a conseillé de ne pas acheter de produits traditionnels sans avis médical.
Z.R précise qu’elle n’a jamais ressenti de fatigue inhabituelle après avoir pris un médicament. Cependant, elle regrette de ne pas avoir reçu de liste de médicaments interdits ni de conseils alimentaires spécifiques lors de sa première consultation. Son témoignage illustre le poids des traditions et la confiance accordée aux remèdes ancestraux. Mais aussi, le manque de communication médicale.
La parole des sage -femmes apporte un éclairage précieux. En effet, sage-femme dans ce centre, TZ explique que beaucoup de femmes préfèrent se soigner avec des plantes et ne se rendent à la maternité que lorsque leur état ne s’améliore pas. Elle souligne que les patientes n’avouent pas facilement avoir utilisé des remèdes traditionnels, par peur d’être réprimandées. Elle insiste sur la dangerosité de certains médicaments comme le diclofénac, formellement contre-indiqué chez la femme enceinte. Elle raconte avoir vu une patiente primipare subir des contractions extrêmement fréquentes et intenses après avoir utilisé des produits traditionnels insérés dans le vagin alors qu’elle n’était qu’à un stade précoce du travail.

Pour T.Z, l’accompagnement des primipares est crucial car les femmes qui attendent leur premier enfant sont particulièrement vulnérables. Elles manquent d’expérience et peuvent céder plus facilement aux conseils de leur entourage ou aux pratiques traditionnelles.
Le témoignage de D.F, âgée de 22 ans et enceinte de son premier enfant, met en lumière un autre aspect du problème. Elle reconnaît avoir pris du paracétamol et de l’amoxicilline sans ordonnance pour soulager des maux de tête et une fatigue générale. Contrairement à Z.R, elle affirme ne pas utiliser de tisanes ou de « secrets de femmes ». Elle confie donc, qu’elle essaie de lire les notices des médicaments. Mais, elle ne comprend pas toujours les informations inscrites. Elle n’a pas non plus reçu lors de sa première consultation, une liste de médicaments à éviter. En outre, elle ne connaissait pas de cas de complications liées à l’automédication dans son entourage. Ainsi, son témoignage illustre le recours aux médicaments modernes sans encadrement médical, lié à un déficit d’information et de compréhension.
Ces témoignages révèlent une tension entre deux univers. D’un côté, les remèdes traditionnels transmis par les anciens et profondément ancrés dans la culture. De l’autre, les médicaments modernes accessibles. Mais, souvent mal compris. Les femmes enceintes naviguent entre ces deux mondes, parfois en combinant les pratiques, parfois en choisissant l’un ou l’autre.
Le silence, un terrain glissant
Le manque d’information médicale claire et adaptée, accentue les risques. Certaines patientes ne reçoivent pas de liste de médicaments interdits. D’autres ne comprennent pas les notices, et beaucoup n’osent pas avouer leurs pratiques par peur du jugement.
Ce silence crée un terrain propice aux complications. Les risques sanitaires de l’automédication sont multiples. Elle peut entraîner des complications obstétricales comme des contractions précoces, des fausses couches ou des accouchements prématurés. Elle peut provoquer des effets secondaires tels que la fatigue, les intoxications ou les interactions médicamenteuses. Elle peut aussi avoir des conséquences graves pour le fœtus, allant de malformations à des atteintes neurologiques.
Le cas rapporté par la sage-femme T.Z illustre la gravité de certaines pratiques. L’utilisation de produits traditionnels insérés dans le vagin a provoqué des contractions dangereuses, mettant en péril, la santé de la mère et de l’enfant.
Ce reportage met en évidence, un besoin urgent. Il est nécessaire de renforcer l’éducation et la sensibilisation des femmes enceintes. Les consultations prénatales doivent inclure des informations claires sur les médicaments interdits pendant la grossesse, sur les dangers des remèdes traditionnels non validés médicalement et sur les alternatives sûres pour soulager les maux courants. Il est également essentiel de créer un climat de confiance entre patientes et soignants afin que les femmes puissent parler librement de leurs pratiques sans crainte d’être jugées.

En conclusion, l’automédication chez les femmes enceintes au Burkina Faso est une réalité complexe nourrie par les traditions, le manque d’information et les contraintes sociales. Les témoignages recueillis au centre médical Saint J-M montrent que certaines femmes s’abstiennent de prendre des médicaments modernes. Mais, elles consomment des tisanes traditionnelles tandis que d’autres utilisent des médicaments sans ordonnance, faute de conseils clairs.
Ce reportage est un appel à l’action. Il est urgent de renforcer l’éducation sanitaire, d’améliorer la communication entre patientes et soignants et de sensibiliser les communautés aux dangers de l’automédication. Protéger la santé des femmes enceintes, c’est protéger la vie de leurs enfants et l’avenir du pays.
Elisabeth KOAMA (Stagiaire)


