Fourneau métallurgique traditionnel : « Espace KUDUGU », du musée national du Burkina Faso, un site touristique à ciel ouvert

Le 8 août dernier, grâce à Faso Tourisme, les lauréats du prix Galian 2026 ont découvert un site touristique hors du commun. Un espace abritant le circuit traditionnel du travail du fer allant de la réduction du fer dans les fourneaux métallurgiques traditionnels « Boaaga » à la fabrication des outils ! L’une des histoires les plus anciennes, basée sur une technologie ancestrale nous est racontée par Harouna Damiba, guide médiateur culturel au musée national du Burkina-Faso. L’espace mis en place par Kientega Pingdéwindé Gérard (KPG) dit Saan Naaba Bounda démontre la force et les valeurs socio-culturelles du feu et du fer. Conteur, écrivain et metteur en scène burkinabè, son savoir-faire dépasse les frontières du Burkina.

Ce fourneau traditionnel appelé  « Boaaga » est un fourneau construit de manière artisanale avec de l’argile contrairement aux fourneaux industriels, de technologies modernes.

Le fourneau permet la réduction du minerai en fer. Une fois, le minerai introduit, on utilise comme combustible, du charbon pour le faire fondre. L’extraction traditionnelle du fer se fait avec une méthode artisanale qui produit de la fonte liquide. Cette fonte devient une loupe de fer après refroidissement et la loupe est ensuite, purifiée afin de débarrasser le fer de ses impuretés. Le fer ainsi obtenu passe à l’atelier de forge où il est transformé suivant le besoin du forgeron.

De façon succinte, l’extraction du fer obéit à des rituels précis et des offrandes pour demander la protection des ancêtres et de la terre.

Vous voyez ces pièces d’argent? On en parlera un plus loin dans l’article. Ici, on a le charbon, les résidus et les rites où il y a des plumes.

Nous avons ici, des échantillons de pierres contenant du fer qui ont été utilisés. Les pierres sont ensuite, introduites dans le fourneau avec du charbon. Le mélange est chauffé afin d’extraire le fer et les résidus sont progressivement séparés. La loupe de fer contient encore des impuretés qu’il faut éliminer en la chauffant davantage afin de conserver le fer.

Il faut plusieurs jours pour extraire le fer. Cependant, lorsque le minerai devient une loupe de fer, la fusion peut se faire en quelques heures seulement si la personne qui souffle fournit suffisamment d’efforts.

Une loupe de fer ressemble à du chiffon et un mélange composé d’éléments de nature, de formes ou d’origines différentes. Ses parties ne forment pas un tout uniforme et l’on peut souvent distinguer les différents composants.

Le fer, qui est plus lourd, descend et se sépare des autres éléments. Il est ensuite récupéré et plongé dans l’eau. Après l’extraction du fer, on obtient les résidus qui deviennent plus légers.

Il s’agit du système de ventilation par lequel, l’air entre par cette ouverture. Il faut actionner le dispositif : lorsqu’on le soulève, l’air entre. Puis, lorsqu’on le pousse, l’air ressort. L’air est ensuite dirigé vers le feu. Ce qui permet d’augmenter la température et de rendre le métal suffisamment malléable pour que le forgeron puisse le travailler…
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Le rôle social et pacifique du forgeron 

Ce genre d’endroits est dirigé par des forgerons. Au plan social, en dehors de la production de nombreux outils destinés à nourrir et à protéger l’homme, le forgeron est aussi médiateur. C’est ce qui explique qu’il soit, à la fois, respecté et craint dans la communauté.

Il fabrique les dabas, les haches, les armes blanches et les bracelets, etc. Tout ce qui est fabriqué dans son atelier relève d’un savoir-faire exceptionnel.

Les forgerons interviennent également après les coups de foudre. Ils sont chargés d’enterrer les victimes.

Le pouvoir du forgeron ne repose pas uniquement, sur la force physique. Il comprend également un pouvoir invisible.

Lorsqu’ils demandent pardon et que la personne refuse, ils peuvent la maudire. Ils peuvent lui interdire de toucher à un outil fabriqué par un forgeron ou de pratiquer certaines activités artisanales. Une telle personne peut alors, être exclue de certaines activités de la société et être obligée de demander publiquement pardon.

Quel que soit le problème, bagarres, disputes de couple et autres types de conflits, les forgerons interviennent en vue de trouver solution et généralement, ils y arrivent.

Ils reçoivent régulièrement des personnes pour régler des différends et assurer la médiation.

Il existe également des rituels à accomplir. Lorsqu’une personne prend un engagement devant l’invisible, elle ne peut plus revenir sur sa parole. La crainte liée à cet engagement contribue également à apaiser certaines douleurs intérieures.

Les forgerons ne laissent pas les personnes repartir sans accompagnement. Ils leur donnent certains éléments ou leur proposent des pratiques qui permettent parfois d’oublier complètement le mal qui leur a été fait. La personne finit alors par pardonner sincèrement, avec un cœur apaisé.

Les forgerons sont ainsi associés à différents pouvoirs, notamment à travers les bagues de protection destinées, à éviter les pertes d’argent ou les accidents.

Sur ce site, animé par les médiateurs culturels du Musée national, le Trésor Humain Vivant (THV) KPG y vient souvent et reçoit toute personne. « Toute personne peut venir rencontrer KPG. Il n’y a pas de distinction. Il faut savoir que toutes les bagues qu’il donne sont exclusivement pour faire du bien. Pas autre chose ! », rassure Harouna Damiba.
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Femme et forge : les limites

Harouna Damiba a mentionné que selon ses connaissances, il n’y a pas de femmes forgerons. En tout cas, il n’en a pas encore rencontré. La plupart du temps, les femmes sont potières.

« Je ne sais pas s’il existe une tradition particulière qui explique cette répartition. Mais, je pense que cela est lié au travail. Les marteaux utilisés en forge sont très lourds, ce qui rend le travail difficile », argumente-t-il.

Il confie que dans certaines communautés, par exemple, les jeunes filles qui n’ont pas encore eu leurs premières règles peuvent entrer dans la forge. Elles peuvent venir s’asseoir et souffler. Mais, elles ne frappent pas le fer.

Il faut uniquement des pièces d’argent

Toujours selon notre guide, lorsque Saan Naaba est présent sur ces lieux, il possède des bagues de protection. Les personnes qui viennent demander son accompagnement déposent généralement, une contribution symbolique puisqu’il n’y a pas de prix fixé et ce sont des pièces d’argent : 50 francs, 10 francs, 25 francs.

Dans la tradition, notamment chez ceux qui consultent les marabouts, les cauris sont souvent, associés à des pièces d’argent, au fer et à des morceaux de pierre. Ces éléments servent à canaliser les forces de la nature et les forces mystiques. Le fer et les autres éléments sont ainsi associés à ce besoin.

Avant de commencer à frapper le fer, le forgeron parle. Selon la tradition, le bruit et le rythme des coups sont perçus comme une musique qui peut attirer ces génies. Ils les voient lorsqu’ils frappent le fer. Ils doivent donc, les repousser.

Sur la première pierre collée à la forge, regardez attentivement! Vous verrez des pièces d’argent. « Si quelqu’un dépose un billet, le forgeron le prend et le remplace par une pièce. Ce qui l’intéresse, c’est la matière notamment le fer. Certaines personnes sont déjà venues déposer 1 000 francs, qui ont ensuite été remplacées par une pièce », rappelle-t-il.
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La purification aussi a sa place

Dans son récit, Harouna a laissé entendre qu’une fille qui n’a pas encore eu ses premières règles peut s’asseoir et manipuler le matériel de l’atelier de forge.

Par contre, si une personne qui a ses menstrues vient s’asseoir sans savoir qu’elle a enfreint les interdits, les conséquences ne sont pas négligeables, sans toutefois préciser lesquelles.

« Traditionnellement, c’est très rare. Mais, lorsqu’une personne enfreint un interdit et que cela est constaté, des sacrifices sont automatiquement effectués pour purifier le lieu », précise-t-il.

Il indique aussi que, lorsque le maître des lieux, KPG vient ici avec des étrangers, il effectue également une purification parce qu’on ne sait jamais à qui, on a affaire. Après cela, il considère que le lieu ne présente plus de problème.

Après avoir  visité plusieurs habitats du Burkina, nos Les touristes du jour semblent épuisés.

Un feu pas comme les autres

Il se raconte qu’il est possible de rentrer dans du feu sans être brûlé, ni sentir la douleur et la chaleur. Une rumeur à partir de laquelle, nous avons tenté de trouver des réponses.

Harouna dit que ces propos sont fondés et il confirme. « Oui, c’est vrai. Le 15 mai, journée des coutumes et traditions, Saan Naaba qui était présent a fait une démonstration avec le feu. Nous pensions qu’il s’agissait d’une simple technique. Mais, après avoir effectué ses sacrifices, il nous a donné de l’eau mélangée à un produit avec lequel, nous nous sommes badigeonnés et tout le monde pouvait participer. Lorsqu’il applique ce produit uniquement sur les pieds de quelqu’un, la personne peut rester cinq minutes dans le feu sans problème. Même le pantalon ne brûle pas », souligne-t-il.

Cette visite touristique, véritable immersion culturelle et spirituelle nous replonge dans le monde de l’invisible et des interdits. Si vous avez l’occasion, faites -y un tour ! Vous en apprendrez un peu plus, sur l’histoire du Burkina Faso.

N’oubliez pas d’immortaliser votre passage sur ce site en faisant des photos que vous pourrez partager autour de vous et sur les réseaux sociaux ! Ainsi, vous contribuez à la promotion des arts, de la culture et du tourisme de notre pays.

Françoise Tougry

 

 

 

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