Dans un monde où certaines victimes de violences conjugales, d’abus de pouvoir et d’autres maux de la société sont souvent réduites au silence, une voix se lève et redonne le sourire. Zalissa Belemou Yaméogo, juriste, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est une fervente défenseure des droits des femmes. Discrète et très professionnelle, elle allie compétences et persévérance dans l’accompagnement juridique et judiciaire des femmes. Portrait d’une femme dont les services traversent les frontières du Burkina Faso !
Habillée en robe noir-blanc type Abaya, foulard soigneusement attaché sur la tête, médaille de Mari au bras, croix de Jésus au cou, Zalissa Bellemou Yaméogo nous accueille dans son cabinet avec un look particulier. Dans une élégance discrète, son teint noir-ciré brille.
De taille moyenne, Zalissa, la trentaine bien révolue, prend le temps de nous installer. Originaire de Gourbala, un village du Burkina Faso situé dans le département de Lankoué, province du Sourou, au sein de la région de la Boucle du Mouhoun, elle est issue d’une famille de cultivateurs. « Née à Ouagadougou, je suis la benjamine d’une famille nombreuse car mon père, paix à son âme, était polygame », précise-t-elle.
Un parcours scolaire inspirant
Du CP1 au CM1, Zalissa Belemou Yaméogo, unique enfant scolarisé de son père, s’est toujours démarquée, en occupant régulièrement les premières places de sa classe. Vidéo !
Lors de la visite d’un de ses cousins au village. Ce dernier en a profité jeter un coup d’œil dans les cahiers de Zalissa. Impressionné par ses notes à l’école, il propose au père de Zalissa de l’amener à Ouagadougou. Chose faite en 2009.
De retour à la capitale, Zalissa est inscrite au CM1. Comme toujours, elle se démarque à nouveau lors d’un test de niveau et est envoyée au CM2 où elle obtient son CEP, toujours en 2009.
« Ce que je qualifie de l’œuvre du destin, c’est le fait que mon cousin m’ait amenée à Ouagadougou. Si je suis juriste, aujourd’hui, c’est aussi grâce à lui. Je peux dire qu’il est l’homme que Dieu m’a envoyé pour faire de moi, la femme compétente que je suis », dit-elle.
De telle élève, tous les établissements scolaires en rêve certainement. Pour le premier cycle, Zalissa fait ses études au collège protestant de Ouagadougou. Après son BEPC avec l’entrée en seconde, elle obtient son baccalauréat avec bourse au collège protestant de Ouagadougou en 2017.
La voie de la vie universitaire s’ouvre à elle. Un an plus tard, ses parents décèdent. Une des épreuves les plus douloureuses de sa vie ! « Mon cousin, à un moment donné, a été affecté au Nigeria. J’y étais en vacances et c’est là-bas que j’ai appris que mon papa venait de décéder. C’est en 2018. Dans la même année, ma maman a suivi », explique-t-elle, avec un brin de souvenir amer.
Titulaire d’un master en droit obtenu à l’université Saint Thomas d’Aquin de Ouagadougou en 2020, Zalissa a laissé son empreinte d’excellente étudiante. « Si vous retournez là-bas, vous allez voir mes photos dans leur bibliothèque, si on ne les a pas enlevées parce que j’ai été major tout au long de mon cursus scolaire », témoigne-t-elle.
Droits des femmes et Zalissa, un engagement qui écrase les obstacles
Élève brillante, Zalissa n’avait pas encore une idée claire de ce qu’elle souhaite devenir plus tard. Mais, c’est en terminale lors d’un entretien avec des agents commerciaux venus de différentes Universités pour le choix des filières que Zalissa a replongé dans son enfance où elle était au village et voyait des femmes souffrir dans les mains de certains hommes. Puis, c’est le déclic. Elle découvre sa passion, le droit. « A l’époque au village, j’ai vu comment les femmes se faisaient bastonner par les hommes et souvent, renvoyées chez leurs parents, tout en récupérant leurs bébés. Elles pleuraient car elles ne pouvaient pas encore voir leurs enfants. J’ai également vu les différentes sortes d’injustices faites aux femmes depuis mon enfance au village », dit-elle.
Zalissa, obsédée par l’idée de devenir juge ou avocate, se donne le courage de se battre d’où son intégration à l’association des femmes juristes en 2020, composée uniquement de juristes, de juges, d’avocats, de notaires, d’huissiers… « Donc, c’est avec l’association que j’ai commencé à lutter. Leur objectif est de promouvoir la défense des droits des femmes. Ce qui est en ligne avec mon objectif de base », confie-t-elle.
Depuis plus de 6 ans, à titre gracieux, elle accompagne les femmes à la revendication de leurs droits.
Son expérience, en tant que membre de l’association des femmes juristes, lui révèle d’autres réalités plus sombres, que traversent des femmes.
En 2025, elle se lance de manière officielle dans l’accompagnent juridique et judiciaire des femmes sur les réseaux sociaux. C’est ainsi qu’est née le compte TikTok “Allo Juriste” en 2025 », à travers lequel, Zalissa assiste et accompagne les femmes sous anonymat, décidées à briser les stéréotypes.

« Si jamais, tu t’engages pour une procédure judiciaire contre ton partenaire, je fais ton dossier. Si tu es au Burkina, plus précisément à Ouaga, tu peux venir me voir et je fais ton dossier directement. Mais si tu es hors de Ouaga ou hors du Burkina, je fais le dossier, je t’envoie par les réseaux sociaux et tu me dis la suite, parce que l’accès à l’assistance, c’est à peu près, la même chose », clarifie-t-elle.

Assistante de direction de formation, Haoua Wangrawa est une bénéficiaire de l’accompagnement de Zalissa. « J’avais des difficultés dans mon foyer et je suis tombée sur son compte TikTok “Allo Juriste”. Je suis donc, entrée en contact avec elle et elle m’a accompagnée sur le plan juridique et judiciaire », confirme-t-elle.
Ami de longue date de Zalissa, O. S ne finira pas de parler en bien de sa camarade signifiant que cela pourrait faire un livre d’une centaine de pages. « C’est vrai qu’elle n’est pas issue d’une famille aisée. Mais, elle croyait en ses rêves et par le travail acharné, elle s’est fait une place de choix dans une société sans merci », souligne-t-il en rappelant que dans son parcours scolaire, en commençant par le baccalauréat, elle a brillé avec mention et a été récompensée par une bourse.
La garde d’enfants, ce mal silencieux des femmes trouve remède chez Zalissa
Depuis le début de son aventure dans l’accompagnement juridique et judiciaire des femmes jusqu’à ce jour, Zalissa a dépassé plus de 3000 cas. Vidéo !
Autrefois victime de violences conjugales, Mirabelle (nom d’emprunt), est une bénéficiaire de l’accompagnement de Zalissa dans le processus de son divorce et l’obtention de la garde de ses enfants. « Ça n’allait pas dans mon foyer et mon mari m’avait battue. Il menaçait, à chaque fois de retirer mes enfants, si jamais, je quitte le foyer alors que je voulais la garde de mes enfants. J’ai été à son bureau exposer mon problème et elle m’a accompagnée dans le processus. Quand la décision du juge est sortie, j’ai eu la garde exclusive et la pension alimentaire des enfants », témoigne-t-elle.
Elle salue le professionnalisme de Zalissa, qu’elle a rencontrée sous recommandation d’une de ses amies. « Lorsque je devais aller au tribunal, elle m’appelait pour me rassurer, pour me donner des conseils car ce n’était pas facile pour moi », ajoute-elle.
Après l’aboutissement des dossiers, Zalissa garde le contact avec les femmes et prend régulièrement, de leurs nouvelles afin de s’assurer que les parents mis en cause, respectent la décision du juge.
Reconnaissante, Haoua Wangrawa, exprime toute sa gratitude à visage découvert à Zalissa, celle qui lui a été d’un grand secours. Vidéo !
Au-delà de l’accompagnement juridique et judiciaire des femmes, Zalissa est une âme sensible qui ne cesse de venir en aide aux victimes de violences conjugales. « Je viens de rédiger la demande d’une dame qui a été battue par son mari. Mais, elle n’a pas d’argent pour aller déposer. Je suis moi-même fauchée ces temps-ci. Mais, j’ai appelé une amie qui m’a envoyé de l’argent pour que j’aide cette dernière à finaliser son dossier », dit-elle.
Selon O. S, elle (Zalissa) est gentille, joviale, travailleuse, intelligente et surtout, courageuse.
Au menu de son engagement, Zalissa totalise des milliers de cas d’assistance en ligne et en présentiel. Des différentes régions du Burkina Faso jusqu’en Afrique centrale en passant par l’Afrique de l’ouest, son accompagnement traverse les frontières du pays des hommes intègres.
Malgré ces prouesses en faveur des femmes, Zalissa estime ne pas en faire assez. De quoi la motiver, à devenir avocate. « Il y a des cas où je ne peux pas me présenter parce que je ne suis pas une avocate. Donc, souvent, mon accompagnement est limité surtout, dans les procédures contentieuses où la femme se retrouve face à un homme financièrement posé qui se présente avec un avocat et elle, elle n’en a pas », se lamente-t-elle.
Zalissa Bellemou Yaméogo, une bonne mère et épouse
Mariée depuis trois ans et mère d’un petit garçon, Zalissa allie vie de couple et engagement dans son travail.
« J’ai toujours pu bien gérer mon enfant. A chaque fois que mon mari rentre, il a sa nourriture sur la table », dit-elle, confiante. Au départ, c’est ce qui était un peu compliqué pour elle. Un jour, occupée par un atelier, elle rentre très tard. Son époux B.Y, n’avait pas à manger et il était fâché. « Il m’a dit : même si tu vas durer dans tes activités, grouille préparer ma nourriture pour que je puisse manger », se remémore-t-elle.
Toujours prête à venir en aide à son prochain, son mari la qualifie de femme aimable et sociable. « C’est une bonne épouse qui a un bon esprit de communication pour la bonne marche du couple. A mon niveau, on a cette complicité quant à la gestion de notre couple », s’exclame-t-il.
Comme défaut, O. S reproche à Zalissa, de vouloir tout régler en un coup. « Elle doit savoir que le mal est très profond et qu’il faudrait du temps et surtout, de la sensibilisation », rappelle-t-il.
Abdoulaye Ouédraogo


