Règles douloureuses : Quand chaque mois devient une épreuve insoutenable

Douleurs intenses, nausées, vertiges, fatigue, difficultés à se déplacer, à étudier, à travailler… Telles sont les épreuves que traversent certaines femmes et filles avant et pendant les menstruations.  Loin d’être une simple période d’inconfort, les règles sont devenues une véritable épreuve physique et psychologique pour ces dernières. Pourtant, cette souffrance reste encore banalisée et considérée comme une douleur normale que les femmes doivent apprendre à supporter. Alida (nom d’emprunt) qui vit avec des règles extrêmement douloureuses depuis ses premières menstruations, livre son témoignage.

Alida vit avec ces douleurs depuis ses premières règles. Elle affirme que les règles douloureuses ne sont pas apparues récemment, elles font partie de sa vie depuis ses premières menstruations. Elle se souvient encore de ce jour où elle s’est levée pour sortir de la classe et a découvert que sa jupe était tachée. Mais, ce qu’elle ignorait à ce moment est que son corps l’avait déjà avertie. Elle ressentait de violentes douleurs dans le bas-ventre, quelques jours avant l’apparition de ses premières règles, alors qu’elle ne savait pas encore qu’il s’agissait des signes qui annonçaient les menstruations. Elle raconte que ce jour-là, la douleur était devenue tellement forte qu’elle a dû aller s’allonger au fond de la salle. Et depuis lors, ce fut le début d’une souffrance qui se poursuit jusqu’à ce jour.

Un calvaire avant et pendant les règles

Décrire la douleur de Alida s’avère très compliqué puisqu’elle va au-delà de ce que l’on imagine ou ce que l’on entend habituellement, lorsqu’on parle de règles douloureuses.

Si pour certaines femmes, le calvaire commence au moment où apparaissent les premières gouttes de sang, celui de Alida fait exception. Les jours précédant les menstruations sont déjà marqués par différents symptômes, une souffrance qu’elle vit plusieurs jours à l’avance, parfois jusqu’à une semaine. Nausées, maux de tête, vertiges, douleurs aux seins et au dos.

« Tout ça, ce sont des signes que mon organisme utilise pour me dire que les règles sont en chemin », dit-elle et d’ajouter « Pendant près de deux semaines, chaque mois, je ne me sens pas bien. Je suis fatiguée, inconfortable et moralement affectée », souligne-t-elle.

Elle raconte que pendant cette période, elle ne sait plus où se mettre. La souffrance ne se concentre pas uniquement dans le bas-ventre. Alida dit avoir mal aux seins, au dos, au bas du dos, aux hanches, au ventre et jusque dans les jambes. À certains moments, les contractions sont si fortes qu’elle crie sans même s’en rendre compte. Parfois, même les gestes les plus simples deviennent difficiles, la douleur est tellement intense qu’elle n’arrive plus à parler, à rire ou même à crier. « Cette douleur est tellement intense qu’elle me paralyse complètement », confie-t-elle avant d’ajouter « Il m’arrive même de faire des roulades tellement je me cherche ». Souvent, la douleur est si insupportable qu’elle peine à trouver une position convenable qui puisse la soulager.

Au-delà des douleurs physiques et psychologiques, Alida ressent également des envies alimentaires inhabituelles et lorsqu’elle ne parvient pas à les satisfaire, elle dit avoir du mal à retrouver sa tranquillité.

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Une souffrance qui bouleverse une grande partie de la vie

Cette souffrance a progressivement débordé sur tous les aspects de sa vie. Depuis le collège, Alida explique qu’elle quitte l’école à l’approche de ses règles.

À l’université, ses camarades ont parfois, dû l’accompagner au dispensaire afin qu’elle puisse recevoir une injection pour calmer la douleur avant de retourner en cours.

Plus tard, ses activités professionnelles ont été aussi affectées. Ses collaborateurs savaient qu’à cette période Alida pouvait être incapable de travailler. Elle dit qu’à plusieurs reprises, elle a dû interrompre ses études ou son activité professionnelle à cause de ses douleurs.

Des années de traitement pour des soulagements éphémères

Pendant plusieurs années, Alida a régulièrement eu recours aux injections au dispensaire pour tenter de calmer ses douleurs. Mais, elle a finalement décidé d’arrêter.

« Maintenant, j’ai arrêté cette pratique car elle me fait plus de mal que de bien. Ça me brûle de l’intérieur et l’odeur des produits ne me quitte pas. C’est très désagréable », explique-t-elle.

Elle affirme également qu’après certaines injections, ses règles pouvaient durer sept à huit jours, avec un écoulement en petite quantité, suivi de douleurs importantes après les menstruations. Alida a consulté plusieurs professionnels de la santé, notamment des gynécologues. Mais, les médicaments prescrits par ces différents professionnels ne lui ont pas permis de trouver une solution durable. Le soulagement, lorsqu’il arrive, ne dure que très peu de temps. « J’ai souvent quelques minutes de répit avant que la douleur ne revienne avec encore plus d’intensité », raconte-t-elle.

Elle dit avoir également effectué de nombreux examens. Mais, rien d’anormal n’a été détecté selon les professionnels qu’elle a consultés. Pourtant, la douleur est toujours là. Une situation qui nourrit une profonde incompréhension à son égard. Les examens peuvent ne rien révéler. Pourtant, Alida, sait ce qu’elle ressent lorsque la crise survient. Pour elle, le problème n’est pas le fait de n’avoir pas essayé de se soigner. C’est de ne pas avoir trouvé, après toutes ces années, un traitement qui permet de soulager efficacement cette douleur.

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Une vie qui tourne autour des règles

Alida raconte qu’à force de vivre cette expérience chaque mois, elle a fini par organiser une partie de sa vie autour de ses menstruations. Elle planifie ses activités en tenant compte de cette période. À l’approche des dates qu’elle redoute, elle ressent déjà de l’angoisse. « Je stresse dès l’approche de ces dates. Ce n’est pas simple », explique-t-elle.  Pendant cette période, elle perd également en confiance. La fatigue, l’inconfort et la douleur affectent son moral. Pendant environ deux semaines, chaque mois est marqué par cette sensation de ne pas être elle-même.

Cependant, elle peut compter sur son entourage. Elle dit que ses proches comprennent sa situation et lui apportent beaucoup de soutien. À la maison, ils savent rapidement, à travers son visage ou son comportement, que ses règles sont arrivées. Ils constatent immédiatement la différence entre les périodes où elle va bien et celles où la douleur reprend le dessus.

Des complications liées au tabous autour des menstrues

Alida affirme que beaucoup de femmes aujourd’hui n’ont pas cette possibilité de parler ouvertement de leurs menstruations comme elle l’a fait. Elle dit savoir que dans de nombreux milieux, les règles restent un sujet tabou. Elles peuvent être associées à la honte, à la saleté ou à la gêne, une perception qui selon elle, empêche certaines femmes de parler de leurs douleurs ou de demander de l’aide. Mais, Alida refuse de se taire.

« J’en parle ouvertement. Je ne ressens ni honte ni gêne », insiste-t-elle. Pour elle, parler des règles est justement nécessaire pour permettre aux femmes de mettre des mots sur ce qu’elles vivent et pour lutter contre la banalisation de leurs souffrances.

Un investissement réel dans la recherche et une reconnaissance de la souffrance des femmes

Après avoir vécu des années de douleurs, Alida souhaite que celles et ceux qui continuent de minimiser prennent cette souffrance au sérieux. « Je leur demanderai de ne jamais minimiser la douleur ou la souffrance d’une personne. Ce n’est pas parce que certaines femmes ne souffrent pas que celles qui souffrent exagèrent. », déclare-t-elle en insistant davantage sur l’écoute et la compréhension.

Pour elle, derrière l’expression « règles douloureuses » peuvent se cacher des heures de souffrance, des nuits difficiles, des cours manqués, des journées de travail interrompues et une incapacité temporaire à mener une vie normale.

Elle recommande également un approfondissement au niveau de la recherche pour une meilleure prise en charge des femmes. Elle estime qu’il faut investir pour permettre aux professionnels de santé de mieux comprendre ces douleurs et de trouver des traitements réellement efficaces.

Elle suggère également la mise en place d’un congé menstruel de trois jours pour les femmes dont les douleurs sont suffisamment importantes et les empêche de travailler normalement.

Pour Alida, il ne s’agit plus simplement de demander que les règles douloureuses soient mieux comprises. Il s’agit de reconnaître cette souffrance de chaque mois, qui prend le contrôle du corps et bouleverse complètement la vie de celles qui la subissent.

Augustine Sawadogo stagiaire

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