Dans cette tribune que nous proposons, l’auteure s’intéresse aux polémiques qui agitent les réseaux sociaux burkinabè notamment sur le féminisme et la polygamie. Pour Cécile Thiombiano, le véritable combat n’oppose pas des modèles familiaux, mais défend le respect et l’intégrité de chaque femme.
Ces derniers temps, les débats sur le féminisme, la polygamie ou la monogamie agitent beaucoup les réseaux sociaux au Burkina Faso. Chacun y va de sa conviction, parfois avec passion, parfois avec excès.
Pour ma part, je crois qu’il faut revenir à une chose essentielle : le choix et la dignité.
Certaines femmes se reconnaissent dans la monogamie. D’autres peuvent accepter ou choisir la polygamie. Ces réalités existent dans de nombreuses sociétés. Mais la vraie question n’est pas de savoir quel modèle est supérieur à l’autre.
La vraie question est simple : la femme est-elle respectée dans sa dignité, sa liberté et son intégrité ?
Et si certaines femmes rejettent la polygamie, ce n’est pas par caprice. C’est aussi parce que, dans beaucoup de situations, elle peut être source de déséquilibres, de tensions, d’injustices et parfois de violences — morales, psychologiques ou économiques. Ces expériences existent et elles doivent être entendues.
Oui, il peut exister des foyers polygames où les choses se passent bien. Tant mieux si certains exemples sont vécus dans le respect. Mais il faut aussi être honnête : on ne peut pas transformer des exceptions en modèle universel.
J’entends aussi certaines voix encourager les hommes à prendre jusqu’à huit femmes, en prétendant que cela éviterait que certaines femmes se retrouvent dans la prostitution. Permettez-moi de dire avec respect mais avec fermeté : le célibat n’est pas synonyme de prostitution. Une femme célibataire peut être une professionnelle, une entrepreneure, une intellectuelle, une militante, une mère, ou simplement une femme qui construit sa vie à sa manière.
Et posons aussi une question simple : les femmes sont-elles des objets que l’on accumule ?
Un homme reste un être humain, avec ses limites, ses responsabilités, ses capacités réelles. Imaginer qu’un homme puisse gérer huit femmes comme on accumule des biens relève d’un discours qui oublie la dignité des femmes, mais aussi la réalité humaine.
Je suis aussi triste de voir parfois des femmes — et des mères — tenir ce type de discours. Car soyons honnêtes : personne n’accepterait facilement qu’on encourage une femme à cumuler huit hommes pour son plaisir.
Ce n’est pas parce qu’on a une audience ou que les gens nous écoutent qu’on doit tenir des discours qui trompent la population ou qui encouragent des comportements irréalistes et dangereux.
Au fond, c’est pour cela que le féminisme aujourd’hui n’est rien d’autre qu’un combat contre ces extrêmes :le combat pour que les femmes ne soient ni imposées dans un modèle, ni réduites à des objets, ni privées de leur dignité. La vraie bataille n’est pas entre polygamie et monogamie. La vraie bataille est pour le respect, la liberté et la dignité de chaque femme.
Thiombiano/Yougbaré W. Cécile / Juriste-Analyste des politiques de Population et Santé / Spécialiste Genre- Coopération internationale et Action Humanitaire / Féministe assumée –Pro choix


